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Le Caucase du nord : Zone d’instabilité durable et menace pour la sécurité internationale ? 20/09/2010

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Par Mathieu Richard

Lors de son discours à la nation devant le parlement du 12 novembre dernier[1], le président russe Dimitri Medvedev qualifiait la situation dans la région du nord Caucase comme étant le problème de politique intérieure le plus important à l’heure actuelle. Cette déclaration confirme l’état de tension important qui prédomine en ce moment dans le secteur.

Le Caucase du nord, géographiquement parlant, est la région située à l’extrême sud-ouest de la fédération de Russie, longeant la chaîne montagneuse du Caucase. Celle ci constitue la séparation naturelle entre Caucase septentrional et Caucase méridional (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan). Au sein de la fédération, le Caucase du nord est un district fédéral, crée le 19 janvier 2010 par la division du district fédéral du sud, s’ajoutant ainsi aux 7 autres préexistant. Il est lui même composé de 7 sujets fédéraux : la république du Daguestan, la république d’Ingouchie, la république de Kabardino-Balkarie, la république de Karatchaïévo-Tcherkessie, la république d’Ossétie du Nord, le Kraï de Stavropol et enfin la république de Tchétchénie. C’est également le district le plus petit de la fédération, avec 170 700 km carré (soit 1% du territoire russe).

Suite à ces éléments  purement descriptifs, il est important de rappeler la nature historiquement complexe et tendue des liens unissant cette partie du territoire au pouvoir central de Moscou. En effet, dès le XIXème siècle et la conquête du Caucase par les armées tsariste, cette zone géographique fut l’objet de profondes transformations sur le plan démographique, culturel et ethnique. Dans l’optique d’une « russification » de ces territoires fraichement conquis, de nombreux peuples furent exilés de leurs terres natales vers l’empire ottoman voisin et remplacés soit par des populations slaves, soit par d’autres ethnies, considérées comme loyal au pouvoir russe. On assiste donc à une recomposition géographique des ethnies. Plus tard, suite à la seconde guerre mondiale, certains peuples du Caucase du nord, principalement les Tchétchènes, furent considérés par Staline comme étant des traîtres suite à leurs présumée collaboration avec les Allemands. Ils furent « punis » en étant déportés vers le Kazakhstan jusqu’en 1957, date de leur retour. Parallèlement à ce bouleversement démographique et ethnique, on peut également observer une politique soviétique de modification culturelle, et ce pour la quasi totalité des peuples présents au Nord Caucase. Sans rappeler tous les détails de cette politique, on peut simplement retenir une logique de « hiérarchisation » des ethnies, basé sur la langue. L’idéologie soviétique distinguait alors les langues orales, considérée comme les moins élevées ; les langues disposant d’une écriture et enfin celles disposant d’une écriture dite littéraire. A chaque statut correspondait des prérogatives plus ou moins importante, en terme de représentation et d’autonomie au sein de l’union soviétique. Cette hiérarchisation va donc susciter des différences de traitements et donc provoquer un sentiment généralisé d’injustice ce qui a terme mettra en opposition différentes ethnies. C’est un vecteur évident de tensions.

Au vu de la pérennité apparente d’une situation plutôt chaotique dans la région, il apparaît intéressant de s’interroger sur plusieurs points actuels concernant la problématique nord caucasienne. Tout d’abord quelle est réellement la situation actuelle dans le secteur, en 2010, suite à l’arrêt des « opérations de contre terrorisme » débutées il y a plus de 10 ans ? Comment celle ci est elle perçu par les dirigeants russes en terme de sécurité et de stabilité interne au sein de la fédération ? Quels sont les moyens mis en œuvre pour tenter de trouver une solution ? Enfin, dans une démarche d’élargissement de la perspective étudiée, est il envisageable de penser que la situation du Caucase septentrional puisse influer sur des questions de sécurité internationale ?

Afin de pouvoir répondre à ces interrogations il sera nécessaire de revenir dans un premier temps sur la situation actuelle instable à laquelle font face les républiques constituant le nord Caucase. Dans une seconde phase d’analyse, il sera important d’aborder les questions de sécurité internationale en relation directe ou indirecte avec la situation caucasienne.

I- Le Caucase septentrional, une région actuellement fortement instable.

Selon les statistiques officielles, l’ensemble de la région connaît depuis plusieurs mois une recrudescence des actions violentes contre les forces fédérales mais aussi contre des civils et des personnalités politiques. Cet état de fait démontre que le contrôle prétendument acquis par le pouvoir central dans la région n’est pas aussi efficace qu’il n’y paraît. Ainsi, on estime que le nombre de délit à caractère terroriste sur l’année 2009 était de 654 ce qui correspond à une augmentation de 2% par rapport à l’année précédente.[2]

On peut observer plusieurs types de violences que l’on pourra présenter en plusieurs catégories : Selon Elena Mizrokhi, auxiliaire de recherche pour la chaire du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme,  quatre catégories peuvent être dégagées et analysées[3]. La première catégorie rassemblerait l’ensemble des attaques de guérilla et terroristes perpétrées par les insurgés. Ces attaques, qui visent principalement mais pas uniquement, les forces armées fédérales sont quasi quotidiennes que cela soit en Ingouchie, en Kabardino-Balkarie, au Daguestan ou bien encore en Tchétchénie. Ainsi à titre d’exemple, on peut citer la découverte en novembre 2009 de deux corps décapités, probablement d’officiers de police, dans la région de Tchegem, en Kabardino-Balkarie.[4]Au Daguestan, le 6 janvier dernier, une bombe tue au moins 5 policiers.[5]On peut aussi noter un retour aux techniques d’attentats suicides, comme le démontre celui commis le 17 aout 2009 dans la ville de Nazran, en Ingouchie. Si ces attaques visent principalement les forces de sécurité déployées dans la région, il faut rappeler qu’elles ne sont pas les uniques cibles des violences. Ainsi, des groupes islamistes peuvent s’en prendre à des individus considérés comme hors de la loi islamiste. Ce fut le cas d’une voyante et de sept prostitués. La seconde catégorie d’actes regroupe les violences de répression. Elles sont le fait des forces fédérales et visent le plus souvent les familles des individus soupçonnés de faire partie de groupes d’insurgés. Kidnapping, exécutions extra judiciaire, tortures restent des techniques habituelles. La troisième catégorie est constituée de violences d’intimidation, principalement envers les opposants au pouvoir en place, notamment des journalistes mais aussi envers les représentants d’Organisation Non Gouvernementale (ONG). On peut citer à ce titre Anna Politkovskaya ou Stanislas Markelov, tout deux journalistes travaillant sur le Caucase Nord et plus récemment Natalya Estemirova, représentante de l’ONG Mémorial, enlevée puis retrouvée assassinée près de la capitale d’Ingouchie. Elle dénonçait les actes commis par les milices pro Kadyrov en Tchétchénie. Enfin, la quatrième et dernière catégorie pouvant être observée est celle qui concerne les assassinats d’hommes politiques régionaux et de personnalités haut placées. Ce fut le cas pour la tentative d’assassinat sur la personne du président de la république d’Ingouchie Yunus-Bek Yevkurov le 22 juin 2009, l’assassinat du ministre de l’intérieur daghestanais Adilgerei Magomedtagirov, tué le 5 juin 2009, Musost Khutiev, l’assistant du vice président de la république de Tchétchénie le 7 juin, Aza Gazgireyeva, présidente de la Cour Suprême de l’Ingouchie, le 11 juin Les causes de ces exécutions, si elles sont le plus souvent le fait de groupes d’insurgés, peuvent également provenir de rivalités entre personnalité influentes afin de s’assurer le contrôle sur différents types d’activités mafieuses. D’autres proviennent du respect d’une norme bien établie dans le Caucase du nord, la vendetta. Cet état de violence permanent affecte nécessairement le respect des droits de l’homme comme le démontre les condamnations multiples de la Russie par la CEDH qui continue préférer payer des amendes plutôt que d’appliquer les décisions de la cour. La situation ne semble donc pas appelée à évoluer en la matière, a court terme tout du moins.

Après avoir présenté un « panorama » des types de violences présentes sur le territoire nord caucasien, il apparaît comme pertinent de revenir brièvement sur les spécificités régionales du Nord Caucase qui peuvent expliquer la situation actuelle.  Tout d’abord une multiethnicité très prononcée puisque l’on dénombre plus de 40 ethnies peuplant le territoire des 7 républiques citées en début d’article. Chacune sont dotés de cultures et de confessions religieuses propres parmi lesquelles ont peut citer l’Islam sunnite et chiite, la Chrétienté orthodoxe et monophysite, le judaïsme et le Bouddhisme…ainsi qu’un nombre important de langues.[6] C’est de ce fait la seule région ou se trouve concentré tant de particularismes dans un espace géographique limité de la sorte. L’absence de dialogues entre confessions et entres les différentes cultures  couplé à un fort mécontentement social amènent forcément  des tensions. Il faut de plus rajouter à cela une corruption locale élevée, un clientélisme notoire ainsi qu’un manque global de culture démocratique. Tout ceci favorise nettement l’émergence d’une instabilité se traduisant par une violence accrue. On peut alors parler des nombreux conflits de nature ethniques qui se sont déclenchés comme celui opposant les Ingouches aux Ossètes. L’autre point important à aborder est la forte augmentation du radicalisme musulman. Comme l’écrit Pavel K Baev, on assiste lors de la transition des années 90 à un effritement du lien entre état et religion, ce qui va engendrer l’émergence de nombreuses mosquée financés par l’Arabie Saoudite et la Turquie. Ceci dit, le phénomène inverse se produira dès la fin de la décennie avec une marginalisation des mouvements islamiques, qui, contraint à la clandestinité se constituent en Jamaat, sorte de réseaux d’aide social religieux qui remplacent les institutions de la république fédérale, incapables d’assurer leurs fonctions principales en raison de la corruption. Ces Jamaat officient alors comme « relais de la protestation sociale » et prônent le retour à un Islam pur, souvent associé à la lutte contre les russes depuis le XIXème siècle. Il faut de plus ajouter l’effet amplificateur de la victoire des rebelles tchétchènes menés par Aslan Maskhadov, soutenus par des combattants arabes lors de la première guerre dans cette interprétation politisée de l’Islam.[7]

Face à ces caractéristiques bien particulières qui font du district fédéral du Caucase nord une région très instable politiquement et socialement comptant déjà plusieurs conflits à caractères ethno indépendantiste, quelle est la perception de la situation  de la part du pouvoir fédéral? Est t elle considérée comme instable et dangereuse pour la stabilité du pays ? Quelle réaction adopter vis à vis de cet embrasement renouvelé ?

Les autorités russes se déclarent être très préoccupée par la situation du Caucase en la qualifiant de problème numéro un de politique intérieure (cf. supra). Le 10 janvier 2010 était crée le district fédéral du Caucase Nord avec la nomination d’un représentant plénipotentiaire du président, Alexandre Khloponine, anciennement gouverneur de la région de Krasnoïarsk (Sibérie)[8]. Cette annonce de réorganisation administrative reflète t elle la volonté de Moscou d’affirmer la présence du pouvoir fédéral dans cette région en nommant un représentant spécial, chargé de régler les problématiques qui s y posent ? Ou bien serais ce au contraire le signe d’un début d’ « autonomisation » et peut être d’abandon de la région, par l’attribution des prérogatives inhérentes au statut de district fédéral ?

Il est certain que la politique menée par Moscou dans le secteur depuis plus de dix ans laisse à penser que sa volonté est de maintenir et renforcer la présence des autorités fédérales. Tout d’abord au plan politique et institutionnel avec la modification de la législation existante qui permet au président de nommer directement les dirigeants des régions et républiques autonomes, alors que ceux ci étaient auparavant élus. Cette nouvelle prérogative ouvre le champ à des choix largement dictés par la « fidélité » des individus au régime, et ce afin de garantir un contrôle plus ou moins effectif sur les républiques nord caucasiennes. On peut citer la nomination de Ramzan Kadyrov à la tête de la république de Tchétchénie, en 2007. Cependant, cette stratégie ne semble pas produire les effets attendus puisqu’il y a eu une certaine forme de légitimisation de la violence, avec l’action des milices au service de Kadyrov. Au niveau économique et financier, Moscou met en place un système de subventions qui lui permettait d’acheter une relative paix au sein des républiques autonomes[9]. C’est notamment le cas avec la Tchétchénie. Cependant cette aide financière varie en fonction du prix des hydrocarbures, ressources maitresse de l’état russe. Hors, suite à la crise économique récemment traversée, les recettes liées au pétrole semblent être moins importante, ce qui diminue l’aide accordée et accroit d’autant plus les risques de délitement des institutions locales. Enfin au niveau militaire, de nombreuses troupes fédérales sont déployées dans ou aux abords proches de la région du nord Caucase. La majorité est d’ailleurs composée d’hommes du FSB, le service de sécurité intérieure russe. Ainsi ont été crées des groupes de gestion opérationnels qui sont chargés d’organiser et de mener les opérations dans chacune des républiques. Ces groupes ont la possibilité, en cas d’accident majeur, de prendre le contrôle de toutes les ressources militaires présentes afin d’éliminer le plus rapidement possible la menace.[10]Le renforcement de ces mesures fait suite à la multiplication récente (depuis 2002) des attaques à caractère terroriste commises sur le territoire russe mais aussi et surtout au sein de la capitale. Ainsi il faut noter les prises d’otages du théâtre de la Doubrovka en 2002 et de l’école de Beslan en 2004, les attaques dans le métro moscovite de l’hiver et été 2004…etc. Il faut bien comprendre que ce regain de violence terroriste contre des civils russes fournit au gouvernement la justification des actions justement appelées « opérations de contre terrorisme » dans le Caucase du nord. C’est pour lutter contre le terrorisme Islamiste et son expansion au delà des frontières du Caucase que Moscou entend pacifier ce secteur et ce, même si répression aveugle et amalgames religieux doivent être utilisés. Il faut aussi souligner que la mise en avant de tels motifs tend à apporter le soutien d’autres puissances, principalement des USA, qui vont de ce fait être beaucoup moins virulent dans la critique de l’action russe.

Malgré cette politique démonstrative de force, qui, il est vrai se trouve être justifiée par des motifs de maintien de l’ordre public et de réaction face aux attaques terroristes touchant Moscou,  il est peut être judicieux d’interpréter la création d’un district fédéral regroupant les républiques du nord Caucase comme étant les prémices d’une volonté de délaisser peu à peu la problématique nord Caucasienne. En effet, le fait de donner les prérogatives dévolues à un district fédéral va conduire à plus d’autonomie et peut être à un retrait progressif de la présence fédérale du fait de l’impossibilité de retrouver une situation saine. Pourrait il y avoir une possibilité pour que le Caucase Nord acquiesce un statut réellement indépendant ? La rhétorique utilisée par V. Poutine ainsi que par son successeur selon laquelle la Russie se réserve le droit d’intervenir pour protéger les citoyens russes présent dans les états voisins ne serait elle pas dépassée au Caucase nord ? Si l’on en croit les statistiques, la présence russophone serait en baisse. Par exemple, les russes ne représenteraient en Ingouchie que 1,2% de la population totale, 3,7% en Tchétchénie et enfin 4,7% au Daguestan.[11] Ces chiffres sont en permanente diminution. Par ailleurs il est aisément observable qu’il y a au sein de l’opinion publique de plus en plus d’avis négatif en ce qui concerne le Caucase du nord. Une part de plus en plus importante de la population est résolument hostile aux Caucasiens. Quels intérêts motivent alors la politique fédérale, malgré tous ces paramètres défavorables ?

Le réel intérêt de la Russie dans la région est de nature économique : les approvisionnement énergétiques provenant de la mer caspienne transitent par le biais d’oléoducs traversant pour la plupart le territoire Tchétchène. Cela conditionne donc par la suite la capacité russe de fournir ou non du pétrole à ses partenaires commerciaux. On peut dès lors se poser la question de savoir si le maintien de la présence russe à des fins majoritairement commerciales est viable à court terme, étant donné les difficultés immenses que rencontre le gouvernement pour stabiliser la région.

II- Le Caucase du nord : Une menace potentielle pour la sécurité internationale ?

Il s’agira ici d’adopter une démarche sensiblement différente dans la mesure où l’objectif sera de dresser des scénarios plausibles quand à l’implication de la situation nord caucasienne dans des questions de sécurité internationale. C’est en d’autres termes une démarche prospectiviste qui nous intéressera. L’étude abordera tout d’abord les questions de sécurité énergétique puis s’intéressera ensuite aux questions concernant la sécurité des pays occidentaux contre le terrorisme international.

Le Caucase, qu’il soit septentrional ou méridional constitue un carrefour énergétique important, en premier lieu pour la Russie mais aussi pour les pays situés plus à l’ouest. En effet, toute les ressources énergétiques gazières et pétrolières se trouvant en périphérie de la mer Caspienne transitent par la région du Caucase pour rejoindre la Russie dans un premier temps puis ensuite atteindre l’Europe. L’une des seules voies d’accès passe d’ailleurs par la république de Tchétchénie ce qui n’est pas sans poser des problèmes au vu de la situation.

Dans le cas, hypothétique bien entendu, ou la Russie perdrait le contrôle des voies de transit en Tchétchénie et que ces dernières tombent aux mains de R. Kadyrov, qui en déciderai une toute autre utilisation, est une situation qui peut inquiéter l’Union Européenne quand à la pérennité de son approvisionnement énergétique. Bien entendu, on sait d’ores et déjà que des solutions alternatives sont depuis quelques années étudiées. Celles ci viseraient à contourner la nécessité de passer par la Russie comme fournisseur principal, en développant des projets d’oléoducs et de gazoducs reliant directement les ressources présentes en mer Caspienne au « continent » européen. C’est notamment du projet BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) qui permettrait ce contournement. Ce serait donc un moyen pour l’UE de sécuriser le flux énergétique dont elle a besoin. Néanmoins, malgré ces projets, le partenariat avec la Russie reste une source non négligeable en terme de volume de transit. De ce fait, l’option qui viserait à écarter totalement la Russie des fournisseurs de l’UE pour des raisons de fiabilité liées aux situations instables qu’elle connaît sur son territoire et avec ses voisins (Ukraine, Biélorussie) n’est pas concevable. En effet, il faut être conscient du fait que la Russie est le premier fournisseur énergétique de l’UE avec 40% des importations gazières et 20% des importations pétrolières.[12] Ceci amène donc à penser que pour préserver la stabilité des importations provenant de Russie, l’Union Européenne à un fort intérêt à ce que la situation au Caucase Nord retrouve un certain calme. Elle doit donc s’associer à la Russie afin de trouver des solutions durables.

A part les question de sécurité énergétique, on peut également craindre une répercussion importante de la situation Caucasienne sur la lutte contre le terrorisme international et qui concerne donc directement la sécurité internationale. On l’a dit, le Caucase du Nord est majoritairement dominé par la religion musulmane et connaît depuis quelques années un retour à des visions plutôt radicales du dogme. Lors de la première guerre de Tchétchénie, les revendications étaient non seulement territoriales et indépendantistes mais elles étaient aussi doublées d’un discours islamiste radical, qui prônait la mise en place du Jihad contre les « envahisseurs » russes. Il est d’ailleurs établi qu’un certain nombre (environ 300) de combattants Arabes sont venus soutenir les insurgés. Il faut aussi rappeler le recours de plus en plus fréquent aux actions terroristes comme les attentats suicides qui ont lieu sur le territoire de la fédération de Russie. Dès lors il est nécessaire de faire un lien avec le terrorisme international et notamment des relations entretenus avec Al-Qaeda. Selon plusieurs sources, entre les mois d’avril et juin 1994, une centaine de combattants Tchétchène est envoyé dans des camps d’entrainement terroristes en Afghanistan et au Pakistan ou ils apprennent plusieurs techniques de sabotage. Il semblerait aussi que des entrainements de ce type aient été conduit avec l’aide du Soudan et de l’Iran. Des Tchétchènes auraient été tués dans des bombardements sur les zones tribales à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan.[13] On note donc la participation de plusieurs états reconnus comme étant les principaux fournisseurs du terrorisme international dans la problématique du Caucase nord et plus particulièrement dans le soutien aux séparatistes Tchétchènes. On peut donc légitimement se demander si cette tendance observée dans les années 90 pourrait se reproduire actuellement au Caucase du nord et provoquer la création d’un « petit Afghanistan » dans la région. Cela pourrait être envisageable au vu des nombreuses caractéristiques communes existant entre les deux zones géographiques. En effet, on observe des territoires peuplés par plusieurs ethnies souvent en rivalité, des institutions étatiques en incapacité de remplir leur rôles respectifs, la confrontation aux russes, actuelle pour le Caucase du nord et historique en Afghanistan….etc. Y a t il alors un risque pour qu’un nouveau foyer de terrorisme international voit le jour au Caucase du nord et de ce fait puisse menacer plus concrètement les pays occidentaux (USA et Europe) ? Ce n’est qu’une hypothèse mais elle est sans doute à retenir.

Pour conclure, on peut sans hésiter parler d’une zone d’instabilité durable, du moins a court terme, lorsque l’on évoque la situation des républiques formant le Caucase du nord. Elle l’est de par la violence qui y est quotidienne, qu’elle soit dirigée contre les forces russes ou contre les civils. Elle l’est aussi car elle contribue à la formation de violences directement perpétrées à Moscou comme le prouvent les tout récents attentats frappant le métro de la capitale, le lundi 29 mars 2010, faisant au moins 38 morts et une soixantaine de blessés.[14]Malgré l’annonce faite par le gouvernement selon laquelle les auteurs de ces attentats seront punis, il apparaît évident que les autorités fédérales se trouvent dépassées par cette explosion de violence et n’arrivent plus à maintenir le calme dans le nord Caucase. Quelle sera la réaction russe après ce nouveau drame humain ? Assistera t on à un durcissement encore plus important de la politique fédérale ? Ou bien au contraire observerons nous une collaboration plus poussée avec les pays occidentaux, qui doivent eux aussi s’impliquer plus sérieusement dans le suivi de la situation caucasienne, sous peine de prendre des risques pour la sécurité mondiale ?

Bibliographie :

  • Sites web :

§  http://fr.rian.ru/ => Agence de presse Russe.

§  http://www.france24.com/fr/20090818-caucase-nord-ingouchie-daguestan-tchetchenie-violence-afghanisation-moscou-russie-corruption => article de presse

§  http://www.cairn.info/revue-outre-terre-2003-3-page-64.htm => article de revue

§  http://www.regard-est.com/home/pays.php?pays=6 => revue traitant de la zone CEI et Russie.

§  http://www.colisee.org/article.php?id_article=1885 => article de presse.

§  http://www.diploweb.com/La-Russie-et-le-Caucase-un.html => Article de presse.

§  http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=RAI&ID_NUMPUBLIE=RAI_002&ID_ARTICLE=RAI_002_0153&FRM=N => article de revue.

§  http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=270&PHPSESSID=cd20025a6a0d25f9e438938c10b39b72 => article de presse.

  • Rapports PDF :

§  ACTUALITÉS DE LA RUSSIE ET DE LA CEI n°17 – juin 2009: La Russie peut-elle apaiser le Caucase Nord? – Thomas KORBEL.

§  Revue de la presse russe (vendredi 13 novembre) Ambassade de France à Moscou – Service de Presse 2009).

§  Contre-terrorisme et islamisation du Caucase du nord – Pavel K. Baev. IFRI

§  Diversité culturelle du Caucase du Nord- rapport de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. 7 avril 2006.

§  Recrudescence des violences au Caucase du Nord- Elena Mizrokhi- Mise au point.


[1] Revue de la presse russe (vendredi 13 novembre 2009) Ambassade de France à Moscou – Service de presse: http://www.ambafranceru.org/france_russie/…/091113_Tendance_de_la_presse_russe.pdf

[2] http://fr.rian.ru/onlinenews/20100211/186036936.html: Caucase du nord : le nombre des attentats en hausse en 2009.

[3] Recrudescence des violences au Caucase du Nord; Elena Mizrokhi; Mise au point.

http://www.psi.ulaval.ca/…/Mise_au_point/Mise_au_point_-Recrudescence_des_violences_au_Caucase_01.pdf

[4] http://fr.rian.ru/russia/20091124/185553067.html, article de presse, Deux corps décapités retrouvés en Kabardino-Balkarie.

[5] http://fr.rian.ru/russia/20100106/185781626.html, article de presse, attentat à la bombe au Daguestan.

[6] Diversité culturelle du Caucase du Nord, rapport de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/WorkingDocs/Doc07/…pdf

[7] Contre-terrorisme et islamisation du Caucase du nord, Pavel K. Baev

[8] http://fr.rian.ru/russia/20100119/185877352.html: « L’ex-gouverneur Khloponine, représentant de Medvedev au Caucase du Nord

[9] http://www.france24.com/fr/20090818-caucase-nord-ingouchie-daguestan-tchetchenie-violence-afghanisation-moscou-russie-corruption

[10] Contre terrorisme et islamisation du Caucase du nord, Pavel K Baev, p 81

[11] “La Russie peut-elle apaiser le Caucase du Nord?”, Thomas Korbel, actualité de la Russie et CEI, juin 2009

[12] http://www.senat.fr/rap/r06-307/r06-30714.html Union européenne – Russie: quelles relations?

[13] http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=270&PHPSESSID=cd20025a6a0d25f9e438938c10b39b72: L’islam post-soviétique sous influence étrangère ?

[14] http://fr.rian.ru/russia/20100329/186342929.html: Les attentats dans le métro de Moscou ont fait 36 morts (Parquet)

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