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L’Union pour la Méditerranée : une relance des relations euro-méditerranéennes 28/09/2010

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Par Nicolas Gounot

Le cadre et l’objectif de cette union sont de fusionner les différentes actions et relations déjà nouées entre le Nord et le Sud de la Méditerranée, c’est-à-dire à la fois, le Processus de Barcelone, la Politique Européenne de Voisinage (PEV), le mécanisme des accords d’association bilatéraux qui lient déjà l’Union Européenne aux pays de la rive Sud, cela  ajoutés au Dialogue 5+5[1], ce qui aboutis à penser ces relations existantes comme des briques constitutives de cette Union. Ainsi cette Union pour la Méditerranée veut, refonder la coopération en Méditerranée, ayant la France en tête de proue de la refondation.

Refonder la coopération en Méditerranée

Le partenariat Euromed apparait dès 2005 et son dixième anniversaire, notamment par le biais du bilan fait à cette occasion qui pour le moins fut mitigé, comme à la recherche d’un nouveau souffle. En effet, l’initiative européenne n’a pour le moins pas apporté les résultats escomptés, en l’occurrence l’initiative ambitieuse de la Déclaration de Barcelone fondatrice du partenariat euro-méditerranéen, qui visait l’objectif d’appréhender les trois grandes problématiques, qu’étaient l’aspect politique et de sécurité, économico-financier et socioculturel, tout en proposant une approche globale. Si des réalisations concrètes ont été accomplies dans ces trois volets, de trop nombreux écueils et faiblesses ont eu pour conséquence de provoquer insatisfactions et déceptions tant dans les Etats du Nord que du Sud de la Méditerranée.

Concernant le bilan économique, on peut le qualifier de médiocre. En effet, « les investissements directs étrangers (IDE) dans la zone euro-méditerranéenne ne représentent que 3% du flux dans le monde et seulement 0,2 % des investissements réalisés par les pays de l’Union Européenne à l’étranger »[2]. D’autre part, il existe toujours une forte disparité de revenu entre les deux rives, pouvant aller de un à douze par exemple entre le Maroc et l’Espagne, ce qui fait de ces disparités les plus élevées au monde, corollairement à cela les inégalités sociales dues à des croissances rarement supérieures à 1%, n’ont pas cessé de se creuser. Ainsi les efforts substantiels demandés aux Etats tiers, en termes d’ouverture notamment des barrières douanières et de libéralisation et de privatisation n’ont pas donné les fruits de prospérité attendus.

De plus, concernant la stabilité et la paix dans la région méditerranéenne, celles-ci  ne sont toujours pas effectives à ce jour. De nombreuses problématiques demeurent, telles que celles des flux migratoires ou les foyers terroristes comme l’actualité en fait régulièrement l’écho à l’instar des onze gendarmes algériens assassinés fin juin 2010 près de Tinzaoutine, à la frontière entre l’Algérie et le Mali dans le grand sud, par un groupe d’islamistes qui ont tendu une embuscade à leur convoi[3]. A cela s’ajoutent les risques environnementaux et les conflits frontaliers encore nombreux, notamment entre l’Algérie et le Maroc qui est aujourd’hui la plus grande frontière fermée au monde, mais aussi dans le même domaine, le problème chypriote et surtout le conflit israélo-palestinien qui continus depuis plus de 50 ans à enflammer la région et secouer l’actualité mondiale.

Ainsi, il existe différentes raison à l’échec du processus de Barcelone, néanmoins l’une fait la quasi-unanimité des observateurs, c’est le manque de moyens mobilisés par l’Union Européenne, moyens qui sont de loin insuffisants au vu des objectifs ambitieux visés par la Déclaration de Barcelone. Cela s’explique surtout par la priorité qu’a accordée l’Union Européenne à son flanc Est et l’élargissement qui en a découlé. Pour exemple en 2003, 545 euros par habitants étaient accordés aux pays entrants de l’Est alors que seulement 14 euros étaient accordés pour la même année aux pays tiers du partenariat Euro-méditerranéen[4].

De facto ce qui apparait, c’est que la Méditerranée et le processus de Barcelone ont été mis de coté et marginalisés par l’Union Européenne préférant se concentrer sur son flanc Est. C’est dans ce cadre que l’Union pour la Méditerranée va naitre, poussée par la volonté d’un pays en particulier, la France.

La France, tête de proue de la refondation

En effet, c’est la France qui s’est faite locomotive de la relance en Méditerranée et cela s’explique notamment par son histoire.

Comme l’a écrit Jules Michelet au dix neuvième siècle « Sauf Venise et quelques Français, personne en Europe ne comprit rien à la question d’Orient […] Venise défaillant, elle légua à la France son rôle de médiateur entre les deux religions, d’initiateur des deux mondes, disons le mot, de sauveur de l’Europe »[5].

Ces propos étant à relativiser, il est vrai que la France s’est historiquement montrée comme tournée vers la Méditerranée. Ainsi si l’on revient aux relations euro-méditerranéennes, dès 1993 et la signature des accords d’Oslo qui ont suscité l’espoir d’une paix  durable entre l’Etat d’Israël et ses voisins arabes, c’est la France et à ses cotés l’Espagne voyant une opportunité, qui ont poussé à la création du Partenariat euro-méditerranéen, conclu les 27 et 28 novembre 1995 à Barcelone.

De plus, après l’élargissement de l’Union Européenne à l’Est, la guerre d’Irak en 2003 et le conflit israélo-palestinien perdurant, il apparait qu’un compromis se construit entre les Etats de l’Union Européenne. En effet, les pays du Nord et de l’Est s’intéressent peu à la Méditerranée, accordant leur priorité à la Russie nouveau voisin de l’Union et ancienne puissance hégémonique en Europe de l’Est. Ainsi le compromis repose sur le couple franco-allemand fondateur de l’Union. La France serait mandatée par les autres Etats pour s’occuper du bassin méditerranéen, car elle y a une tradition, une histoire, une géographie et toujours des liens très forts, quant à l’Allemagne, pour des raisons similaires, elle serait mandatée par les autres Etats pour s’occuper de l’Europe de l’Est.

C’est dans ce cadre global, qu’est née l’initiative française issue d’une proposition, celle de Nicolas Sarkozy, qui le 6 mai 2007 au soir de sa victoire à l’élection présidentielle, formule cette proposition, comme visant à « faire pour l’union de la Méditerranée ce qui a été fait pour l’union de l’Europe »[6].

Néanmoins le projet d’« Union méditerranéenne » a été évoqué pour la première fois par Nicolas Sarkozy quand il était candidat, plus précisément lors de son discours prononcé à Toulon le 7 février 2007 où il parle de sa volonté et de la nécessité pour l’Europe de se tourner vers la Méditerranée : « Il faut dire les choses comme elles sont : en tournant le dos à la Méditerranée, l’Europe et la France ont cru tourner le dos au passé. Elles ont en fait tourné le dos à leur avenir. Car l’avenir de l’Europe est au sud. Le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon

III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve qui ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation »[7].

Nicolas Sarkozy,  part du bilan mitigé du Processus de Barcelone dressé à l’occasion de son dixième anniversaire en 2005, et du constat que la fracture Nord-Sud, particulièrement accusée au niveau de la Méditerranée, s’aggrave. En effet, le Bassin méditerranéen est la frontière la plus inégalitaire du monde devant celle du Mexique et des Etats-Unis. Par ailleurs, le niveau d’investissement de l’Europe en Méditerranée du Sud et de l’Est est incomparablement plus faible que celui des Etats-Unis et du Japon dans « leur » Sud. Le projet d’ « Union méditerranéenne » de Nicolas Sarkozy est également à replacer dans le contexte et l’agenda politique, français et européen, dont l’une des priorités annoncées, est la maîtrise de l’immigration.

Ainsi Nicolas Sarkozy, va défendre ce projet et se faire son porte-parole, notamment au Sud du bassin méditerranéen dans le pays à la « pointe » des relations Euro-méditerranéennes c’est-à-dire le Maroc, où il a prononcé, à Tanger[8], un discours consacré spécifiquement à l’Union Pour la Méditerranée. En décembre 2007, il a en outre lancé, conjointement avec Romano Prodi et José Luis Zapatero, l’ « Appel de Rome » le 20 décembre 2007[9], pour sensibiliser davantage la communauté internationale sur le projet.

Le projet présidentiel d’Union pour la Méditerranée a finalement vu le jour le 13 juillet 2008, dans le cadre de la présidence française de l’Union Européenne, en présence de 44 chefs d’Etats et de gouvernement réunis à Paris sous le nom de « processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée ».

L’Union pour la Méditerranée au delà du processus de Barcelone

Ce projet d’Union pour la Méditerranée s’inscrit dans la ligne et dans la continuité de la politique méditerranéenne de l’Union Européenne, visant à faire de la Méditerranée une zone de prospérité et de paix, que la France a portée à bout de bras et qui a vu le jour dans un contexte politico-économique d’urgence, dont l’Europe fut trop longtemps distante. Ainsi cette Union vise à redonner un nouveau souffle aux relations de l’UE avec ses partenaires méditerranéens et pour ce faire se caractérise par un cadre se voulant plus concret et qui est bien accepté au Sud.

Six projets concrets comme base d’un nouvel élan

En effet, l’Union pour la Méditerranée va au-delà du processus de Barcelone et de ses écueils passés. De fait les modes de financement alors critiqués auparavant changent avec ce nouveau projet. Ainsi les financements de la commission européenne  sont complétés par des fonds issus du secteur privé, mais aussi par d’autres institutions engagées dans cette zone géographique, comme la banque africaine de développement ou bien la banque mondiale, cela en attendant la création d’une institution financière spéciale pour l’Union, comme la BERD a put être pour les Pays d’Europe centrale et orientale (PECO).

Mais ce qui change fondamentalement avec le processus de Barcelone, c’est l’approche qui se veut concrète et pour cela organisée autour de six axes, qui sont ; la protection civile, les autoroutes de la mer et les autoroutes terrestres, la dépollution de la Méditerranée, le plan solaire méditerranéen, l’Initiative pour l’expansion des affaires en Méditerranée et l’université euro-méditerranéenne. Pour organiser cela, un secrétariat permanent, est mis en place début mars 2010. Ce secrétariat, est dirigé par le Jordanien Ahmad Massa’deh et compte six secrétaires généraux adjoints, dont un Israélien et un Palestinien. Ce secrétariat général a notamment pour tâche d’assurer une bonne coordination avec les services de la Commission, et notamment l’office de coopération EuropeAid[10], ainsi qu’avec la BEI[11] en tant que principaux bailleurs de fonds de l’Union pour la Méditerranée.

Ainsi cette Union vise à contribuer, par des projets concrets, au rapprochement politique, cela à l’image de la construction européenne par les Européens, sur des solidarités économiques. Comme l’a souligné Shimon Pérès[12], la coopération économique régionale peut contribuer au processus de paix et au bien être de tous les peuples de la région.

Sur le plan de la démocratisation, cela peut également avoir des effets bénéfiques, comme l’élargissement à l’est de l’Union Européenne l’a montré. A l’instar du projet « autoroutes de la mer », celui-ci par son caractère intrinsèquement internationale, fait travailler les différents Etats et gouvernements, de l’UE et des pays tiers, ensemble. Ceci a pour conséquence par le biais d’échange lors de travails communs sur un projet concret de créer par leur relation de travail, une socialisation entres les différents acteurs. Ainsi les acteurs issus de pays non démocratiques peuvent par ce biais se familiariser avec des procédures démocratiques notamment lors de prises de décisions. In fine, cela peut conduire à une réappropriation à moyen et long terme de ce système politique en interne.

L’Union pour la Méditerranée une volonté Européenne acceptée au Sud

Tout d’abord, concernant le Maghreb, les pays au travers de leurs dirigeants, algériens, marocains et tunisiens se sont réjouis de cette nouvelle importance donnée à la Méditerranée par les Européens, notamment de la volonté de ce projet de contribuer au renforcement de la sécurité, de la stabilité et de la prospérité dans la région.

Néanmoins, demeure le problème récurante de la Turquie, qui, quant à elle, a fait savoir dès 2008 qu’elle n’était pas prête à accepter son adhésion à l’Union pour la Méditerranée en lieu et place de son adhésion à l’Union Européenne. Dans ce cadre le président français, Nicolas Sarkozy,  avait précisé que « ce n’est pas uniquement en réponse à la question de l’adhésion ou pas (de la Turquie), du statut de partenaire privilégié ou du statut d’Etat membre que sa a été posé ».

De plus il existe un véritable défi à relever pour les pays du Sud de la Méditerranée dans ce cadre d’une Union pour la Méditerranée, qui est celui de la création d’emplois dans les années à venir. Effet de par leurs démographies, il y a 4 millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail en Méditerranée, et les besoins en création d’emploi sont estimés à environ 40 millions pour les 15 prochaines années. Cela implique donc que ces pays aient dans la même période une croissance économique de 7 à 8 % en moyenne alors même quelle est de 5% en moyenne aujourd’hui.

L’autre défi majeur est bien entendu la résolution des conflits, israélo-palestinien en premier lieu mais aussi au Liban qui minent pour le moment la stabilité du bassin méditerranéen et corollairement à cela l’Union pour la Méditerranée doit continuer la politique d’aide et d’assistance démocratique  de l’Union Européenne vis-à-vis d’Etats tiers. En effet, les libertés et les droits ont une réalité différente selon les Etats mais, ils ne demeurent globalement pas encore assez ancrés, à l’instar de la Tunisie dans laquelle la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme, la plus ancienne du continent Africain et du monde arabe, est mise à mal par le pouvoir dirigé par Zine El-Abidine Ben Ali depuis 1987[13].

L’Union Européenne et ses voisins du bassin méditerranéen, ont depuis 1995 conclu trois cadres juridiques de coopération et de relation politique, ayant pour objectif principal, explicite ou implicite, la stabilité et la prospérité dans cette région, avec la démocratisation comme moyen et objectif pour y parvenir. Néanmoins, dès 2005 lors du bilan pour le dixième anniversaire du processus de Barcelone, et encore aujourd’hui en 2010, on constate que les résultats en terme de démocratie sont relativement médiocres. En effet, les Etats tiers n’ont pas progressé en ce domaine de la même manière ni au même rythme. Si certains sont encore montrés du doigt comme étant extrêmement autoritaires et où les droits et libertés des individus sont mis à mal, tels qu’en Syrie et l’Egypte. D’autres au contraire montrent depuis une dizaine d’année des avancées dans ces domaines et continuent de progresser, telque le Maroc ou encore la Jordanie. Cependant d’énormes efforts restent à faire pour tous ces Etats dans les domaines des droits de l’Homme, de la justice et des affaires intérieures ainsi qu’en termes de démocratie.


[1] Le dialogue « 5+5 » est le plus ancien cadre de rencontre en Méditerranée. Il regroupe les pays de la Méditerranée occidentale, que sont : pour la rive nord : l’Espagne, la France, l’Italie, Malte, le Portugal ; pour la rive sud : l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie, la Tunisie.

[2] Nadia Hamour, l’Europe et le monde arabe depuis 1914, édition Monde contemporain, ellipses 2009, page 183.

[3] Voir l’article, Algérie: onze gendarmes tués dans le sud, du 30 juin 2010, le parisien.fr,  cf : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/algerie-onze-gendarmes-tues-dans-le-sud-30-06-2010

[4] Nadia Hamour, l’Europe et le monde arabe depuis 1914, édition Monde contemporain, ellipses 2009, page 184.

[5] Jules Michelet, Histoire de France, le XVIème siècle, tome II. Cité par Paul Balta in La politique arabe et musulmane de la France, Confluences Méditerranée, n° 22, été 1997.

[6] Nicolas Sakozy, discours au soir du 6 mai 2007 salle Gaveau à Paris, extrait « Je veux lancer un appel à tous les peuples de la Méditerranée pour leur dire que c’est en Méditerranée que tout va se jouer, qu’il nous faut surmonter toutes les haines pour laisser la place à un grand rêve de paix et à un grand rêve de civilisation. Je veux leur dire que le temps est venu de bâtir ensemble une Union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique. Ce qui a été fait pour l’union de l’Europe, il y a 60 ans, nous allons le faire, aujourd’hui, pour l’union de la Méditerranée ».

Cf: http://www.latinreporters.com/espagnepol08052007.html

[7] Nicolas Sarkozy, Discours à Toulon (07/02/07).

Cf: http://sites.univ-provence.fr/veronis/Discours2007/transcript.php?n=Sarkozy&p=2007-02-07

[8] Discours du Président Sarkozy sur le projet de l’Union de la Méditerranée, visite d’Etat au royaume du Maroc discours du président de la république, M. Nicolas Sarkozy à Tanger, 23 octobre 2007.

Cf : http://www.ambafrance-uk.org/Discours-du-President-Sarkozy-sur.html

[9] Voir l’article, L’Appel de Rome pour l’Union pour la Méditerranée par Nicolas Sarkozy, Romano Prodi, José Luis Zapatero. Voltairenet.org. , cf : http://www.voltairenet.org/article153861.html

[10] L’Office/Agence de Coopération EuropeAid est une des directions générales de la Commission européenne. Fondée le 1er janvier 2001, elle a pour mission de mettre en œuvre les instruments d’aide extérieure de la Commission européenne, qui sont financés par Budget de l’Union européenne et du Fonds européen de développement régional.

[11] Banque européenne d’investissement.

[12] Homme politique Israélien, Prix Nobel de la paix 1994 avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, il est président de l’État d’Israël depuis 2007.

[13] Voir l’article d’Isabel Mondraud, La ligue Tunisienne des droits de l’Homme paralysée par une stratégie d’ « infiltration », le Monde du 21 juillet 2010.

L’islamisation de la résistance Tchétchène: les facteurs internes 20/09/2010

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Par Marie Gregoire

La colonisation du Caucase par la Russie tsariste, la répression de l’islam pendant la période soviétique et la déportation des Tchétchènes au Kazakhstan  ont laissé une trace dans la mémoire collective de ce peuple du Nord-Caucase et alimenté une sorte de  story telling[1] à la tchétchène qui donne à l’islam un rôle essentiel dans la définition de l’identité tchétchène mais aussi dans la résistance (à l’empire tsariste, à l’Union soviétique et aujourd’hui à la Fédération de Russie).

C’est pourquoi, dans le cadre de cet article sur l’islamisation de la résistance tchétchène, j’ai mis l’accent sur la dimension identitaire du conflit, sur « […] l’importance de l’Islam comme élément de l’identification tchétchène par la référence à la résistance »[2] et ce, dans une perspective constructiviste ou post-structuraliste.

J’adhère en effet à l’analyse selon laquelle l’identité est une construction sociale, quelque chose qui se construit dans le rapport à l’Autre. Dans certains cas, la religion participe à la construction de l’identité et peut servir à définir le pourtour identitaire, à marquer la distinction entre le « eux» et le « nous». L’appartenance à une religion peut participer activement à la définition que se fait une communauté d’elle-même ou à celle que l’on en fait.

Mais l’islam est aussi mobilisé dans une perspective politique par des entrepreneurs identitaires qui articulent l’idéologie de la résistance autour de références religieuses.

Ainsi, nous reviendrons dans une première partie sur le lien historique entre islam et résistance tchétchène et sur la manière par laquelle le facteur religieux est mis au service de la lutte politique et dans une seconde partie on verra quelle a été la mobilisation de la référence religieuse « dans le cadre d’un discours politico-identitaire nationaliste » par les leaders de l’indépendance.

Le but : saisir quelle est l’équation religion – identité – résistance.

I/ Islam et résistance tchétchène : un lien historique

Pour saisir quelle est la place de l’islam dans la résistance tchétchène, il faut d’abord s’intéresser à l’Histoire et à la nature de l’islam tchétchène.

 

A/ Histoire et nature de l’Islam tchétchène

 

Historiquement, l’islam s’est enraciné dans et par la guerre contre la Russie, et constitue un élément-clé de la résistance identitaire d’une part, de la résistance politique et militaire d’autre part, tant durant la période tsariste que durant la période soviétique[3].

Il s’agit donc de se tourner vers le passé et de s’intéresser à l’histoire de l’islam dans le Nord-Caucase, et en l’occurrence en Tchétchénie et de considérer les influences diverses qui ont balayé cette région et y ont diffusé la religion musulmane. Il conviendra ensuite de s’interroger sur la nature de l’islam tchétchène et de ses rapports avec la tradition.

Ce constat fait, nous verrons comment l’islam, au cours de l’histoire tsariste et soviétique a été mobilisé au sein de la résistance tchétchène. Comment le facteur religieux a été mis au service de la lutte politique.

 

L’islam est apparu [en Tchétchénie] à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle.

L’islam n’a pénétré que peu à peu en Tchétchénie. On suppose qu’il a d’abord été adopté par la population de l’Itchkérie historique, c’est-à-dire du sud-est de la Tchétchénie […]. Selon les trouvailles archéologiques et les documents d’archives, on peut distinguer plusieurs étapes dans la diffusion de l’islam en Tchétchénie :

1.      VIIIe-IXe siècles : période des guerres arabo-khazares ;

2.      XIe-XIIe siècles : diffusion de l’islam par le biais des couches supérieures islamisées des nomades polovtsiens[4] ;

3.      XIIIe-XIVe siècles : pénétration de l’islam par le biais de la Horde d’Or des Mongols ;

4.      Fin du XIVe siècle : invasion des troupes de Tamerlan.

5.      Fin du XVe siècle-première moitié du XVIe siècle : diffusion de l’islam depuis le Daghestan, l’Iran, le Khanat de Crimée et l’Empire ottoman[5].

 

La Tchétchénie fut complètement islamisée par les Daghestanais à la fin du IXe siècle[6].

 

L’islam a joué un rôle essentiel dans la formation identitaire tchétchène[7]. (L’islam est un fondement de l’identité nationale tchétchène moderne à tel point que les communautés tchétchénophones non musulmanes ne sont pas considérées comme tchétchènes[8]).

L’islamisation massive de la population et l’enracinement de la religion musulmane en Tchétchénie a eu lieu […] à la fin du XVIIIe siècle et pendant la première moitié du XIXe siècle, [à la faveur des guerres du Caucase], lorsqu’a commencé la lutte active de libération nationale contre l’expansion de l’Empire russe[9].

Or, quand il s’enracine, c’est sous la forme du soufisme – un courant  mystique d’expression de l’islam dit de « l’illumination intérieure » et en particulier sous celle de deux confréries, la Naqshbandiyya et la Qadiriyya, toutes les deux appartenant à la branche sunnite de l’islam et auxquelles chaque Tchétchène est rattaché dès sa naissance. Les adeptes de la Naqshbandiya professent une forme plus discrète de prières, tandis que les Qadiris s’expriment au cours de zikr sortes de danses accompagnées par des prières.  En Tchétchénie, les confréries structurent toute la vie religieuse. […] Il s’agit généralement de groupes de plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de personnes reconnaissant l’autorité d’un dignitaire religieux (cheikh)[10]. Les confréries représentent une organisation religieuse, réunissant des adeptes d’une forme particulière, fortement hiérarchisée, de l’islam. La confrérie, intégrée au tissu social, se prêtant à la clandestinité, fournit une structure adaptée à la lutte, si bien qu’on observe alors une conjonction entre implantation de l’islam soufi et résistance […][11].

 

B/ Islam et résistance anticoloniale : historiquement liés

 

Islam et résistance anticoloniale sont donc historiquement liés[12].  Car les Tchétchènes ont résisté à toutes les tentatives de soumission ou d’assimilation, de la Russie des Tsars à celles des démocrates, en passant par celle des bolchéviques[13].

 

La première révolte tchétchène date de 1785[14]. Elle est liée à la personnalité du Cheikh Mansour (Ouchourma), premier chef spirituel des Naqshbandi. Pour la première fois dans l’histoire nord-caucasienne, il a fait appel à la lutte religieuse. Mansour a bien compris qu’une ethnie montagnarde, même aussi puissante et combattante que les Tchétchènes, ne pouvait rien faire seule contre un adversaire aussi nombreux et fort que les Russes. Il a choisi la base religieuse pour rassembler les peuples montagnards, car il n’y avait en fait d’autre facteur commun que l’islam. Il dirige donc, en 1785, un soulèvement dans le Caucase du nord en lançant la gazawat, la « guerre sainte », contre les infidèles orthodoxes. Les Tchétchènes mêlent ainsi à la guerre sainte leur lutte pour la libération de leur territoire.

Au milieu du XIXe siècle, alors que les Russes avaient déjà conquis la Caucase occidental, l’enracinement de la Naqshbandiya au Nord-Caucase en général et en Tchétchénie en particulier est lié à la personnalité de l’imam Chamil, qui a transformé le soufisme en idéologie de l’imamat. Si le Cheikh Mansour avait réussi à diriger des incursions de Tchétchènes vers les terres russes et cosaques, Chamil (le chef des montagnards entre 1834 et 1859) au travers du soufisme, rendit à l’islam l’agressivité consubstantielle aux origines de son expansion. Non seulement Chamil proclama une guerre sainte contre les infidèles, mais il réussit également à imposer par la force les normes islamiques aux populations musulmanes montagnardes[15]. La lutte de libération nationale, menée alors (au nom de l’islam), passa par la formation d’un Etat théocratique militaire : l’imamat de Tchétchénie et du Daghestan […][16].

 

Le lien entre le fondamentalisme religieux et l’identité, pour Raymond Grew : Le fondamentalisme se nourrit de la reconnaissance d’une communauté à se mobiliser contre les menaces à son mode de vie. Elles incluent, mais ne sont pas limités à des menaces à des convictions religieuses, le sacré et l’ordre divin.

 

Après la défaite de Chamil lors de la guerre caucasienne et sa renonciation à la doctrine religieuse, les Naqshbandis perdent leur influence parmi les Tchétchènes.

C’est alors qu’apparaissent les Qadiris au Nord-Caucase au XIXe siècle. Cette émergence est liée dans les années 1860 et 1870 à l’activité d’un berger koumyk, connu sous le nom de Kounta Hadji dont le wird est le plus puissant dans la région. Impressionnés par les dégâts causés par la guerre, les Qadiris s’opposaient à la lutte armée contre les Russes. Ils prônaient « des formes de résistance pacifique et spirituelle »[17].

 

Ainsi, au cours de l’histoire, les deux confréries suivirent souvent des orientations  différentes. Le glissement de la Naqshbandiya à la Qadiriya comme support de la résistance : c’est la forme de la religion jugée la plus apte à la résistance qui est adoptée, ou tolérée, par un grand nombre de Tchétchènes. Dans le cadre de la lutte antireligieuse, les confréries devinrent des organisations clandestines dont l’activité devait être tenue secrète par leurs membres.

 

Le système confrérique a donc joué un rôle fondamental dans la résistance puis dans la préservation de la religion à l’époque soviétique. (Les historiens de la trempe de Marie Bennigsen Broxup, de son père, Alexandre Bennigsen, et de Moshe Gammer mettent justement l’accent sur le rôle de l’islam et, en particulier sur le rôle joué par les confréries soufies ou encore virds dans les épisodes de violence qui ont ensanglanté le Nord Caucase. Le mysticisme soufi, perdurant aujourd’hui serait à la base de la résilience et de la lutte du peuple tchétchène face une colonisation russe jamais achevée.)

On lit souvent, par exemple, que la déportation de 1944 a renforcé un temps les confréries : alors que les familles et les teïp (clans) étaient disséminés, c’est elles qui jouèrent un rôle majeur de maintien de la cohésion du groupe[18]. En 2001, un chercheur iranien a noté que de tous les musulmans soviétiques, les Tchétchènes sont ceux qui ont le mieux réussi à préserver leur foi islamique, constituant ainsi une base solide pour une future renaissance de l’islam en ex-URSS[19].

 

Pourtant, à la fin de l’époque soviétique et avant la « première guerre » russo-tchétchène de 1994-1996, il semble que les confréries n’assurent plus leur rôle social majeur comme elles ont pu le faire par le passé. Bien des indices laissent supposer que le système soufi est en crise (société de plus en plus sécularisée, pratiques religieuses tombant en désuétude, attitude des dignitaires soufis face au pouvoir soviétique, manque de légitimité intellectuelle), inapte, lorsque la guerre commence, à  jouer son rôle traditionnel de ciment de la résistance.

 

Si la mythologie sur la place centrale des confréries dans la résistance semble dépassée, […] elles revêtent encore une dimension identitaire […] mais assez peu une dimension religieuse ou politique, et encore moins militaire. L’élément soufi existe donc comme substrat culturel, mais peu idéologisé et en ce sens aisément adaptable. […] Peu à peu, c’est donc un autre islam qui devient porteur d’un projet politique et source de mobilisation.

 

II/Radicalisation et islamisation de la résistance tchétchène : une logique temporelle liée au conflit décennal récent

 

A/ la mobilisation de la référence religieuse « dans le cadre d’un discours politico-identitaire nationaliste » par les leaders de l’indépendance

 

Dès la fin des années 1980, on assiste en Tchétchénie à un regain du religieux. En effet, l’ouverture au monde consécutive à l’éclatement de l’URSS soumet la société à des forces plurielles. La recherche d’une identité qui accompagne l’autonomie retrouvée favorise, comme ailleurs, un « retour à la religion ». L’islam, au même titre que le clan et les structures traditionnelles, s’inscrit alors dans un bricolage identitaire rendu nécessaire et possible par l’effondrement de l’URSS[20]. Mais cette évolution présente aussi des spécificités liées d’une part à la nature de l’islam tchétchène comme ciment identitaire et ciment de la résistance, d’autre part à l’effervescence politique qui secoue la Tchétchéno-Ingouchie à cette époque. Un […] processus de réislamisation se produit alors : notamment « par le haut », avec une tentative de mobilisation du religieux dans le cadre d’un discours politico-identitaire nationaliste.

Ces évolutions sont rendues possibles par la place traditionnellement reconnue à l’islam dans la résistance, alors que le contexte rend la lutte nécessaire.

La politique s’appuie opportunément sur le religieux compris comme une des bases de l’identité. Ainsi, dès la fin des années 1980, les tentatives se multiplient pour créer des partis islamistes. […] certains courants du nationalisme tchétchène cherchent à mobiliser autour du religieux.

Certains acteurs tentent alors de politiser les confréries. Quand Djokhar Doudaev, père de l’indépendance de la Tchétchénie en 1991, cherche à (re)islamiser la Tchétchénie, c’est sur la confrérie qu’il s’appuie, en l’occurrence la Kounta Hadji, une branche (wird) de la Qadiriya, […] qui soutient le comité exécutif du Congrès tchétchène favorable au président[21]. A la fin de l’époque soviétique, cette confrérie semblait la plus à même de nourrir un projet radical. Mais il n’hésitait pas non plus à mobiliser toute référence religieuse, soufie ou non.

Le recours à une rhétorique religieuse s’inscrit alors dans la glorification du passé héroïque. (Caractère instrumental de ces événements dans le discours des islamistes, et ce, à des fins de mobilisation politique.)

C’est le sens à donner à l’utilisation du terme ghazavat, en référence aux guerres du Caucase ou au slogan proclamant la Tchétchénie sujet d’Allah, terre musulmane.

En Tchétchénie même, la mobilisation du religieux ne rend pas tellement, en tout cas moins qu’au Daghestan, au point qu’on peut se demander si l’épisode doudaevien n’aurait pas ralenti la propagation de l’islam politique radical, les enjeux politiques répondant à d’autres logiques. Au service d’un projet national aux contours mouvants et mal définis, l’islam est mobilisé au même titre que le clan, la nation, les groupes supranationaux (la solidarité pancaucasienne) et infranationaux (teïp, par exemple). […] les mobilisations identitaires tchétchènes font feu de tout bois.

[…] Les islamo-nationalistes investissent ainsi les enjeux territoriaux qui ne sont plus portés par les mouvements nationalistes historiques. Ces derniers sont en effet en situation d’échec. Leurs différentes stratégies d’affrontement ou de négociations n’ont pas abouti.

Les islamistes sacralisent alors ce nationalisme en employant un vocabulaire religieux. […] Mais la sacralisation qu’ils effectuent recouvre des enjeux qui restent des enjeux territoriaux.

Ce faisant, ils ouvrent à nouveau un horizon de victoire ou d’espoir pour les populations. En effet, la lutte est désormais inscrite dans une eschatologie et apparaît donc nécessairement victorieuse à très long terme. Face à une situation politique et économique qui s’aggrave, l’agenda de la lutte fait de nouveau sens. Cela d’autant plus que les autres options : (exemple des accords de paix russo-tchétchène de 1996 : accords de Khassavyurt) leur semblent avoir toutes échouées.

http://www.ur105.ird.fr/IMG/pdf/actescolloqueterrorisme1.pdf

 

Pour conclure, la religion est vue principalement comme un ciment de la résistance et de la cohésion sociale. Elle est également considérée comme un élément d’opposition à l’autre, les attributs physiques (barbe, bandeaux verts, etc…) étant valorisés dans un double souci de distinction, mais aussi parce que « c’est ce qui fait peur aux Russes ». L’identité tchétchène semble s’adapter à la donne religieuse, islam et islamisme étant en quelque sorte intégrés dans le récit identitaire national.

 

La période postsoviétique n’est donc pas seulement une période de rupture, c’est aussi une période d’adaptation de l’islam tchétchène à une donne nouvelle, dans et par la guerre, à partir d’un substrat propre. […] Les fondements de l’identité tchétchène ne sont pas là où on les cherche (dans les confréries), mais dans la manière dont l’islam, articulé au récit identitaire, reste un élément clé de la résistance politique, militaire et culturelle à la Russie. Jusqu’en 1995-1996, l’islam est mobilisé comme un marqueur d’identité parmi d’autres, afin de justifier un programme qui inclut, pour certains hommes politiques, l’indépendance. Le terme gazavat, qui fait référence à un passé glorieux, illustre ce lien entre histoire nationale et intégration du fait religieux à l’histoire nationale. La signification de la mobilisation religieuse a changé, même si elle n’est certainement pas identique pour tous les Tchétchènes. Dans une situation désespérée, après la faillite des projets indépendantistes, sans aucun règlement politique en vue, la rhétorique islamique est le seul moyen de maintenir vivant un projet national qui peine à être conceptualisé. De manière paradoxale, on pourrait dire que l’islam était auparavant enrôlé par le discours national comme un marqueur d’identité séculier et qu’il s’agit  maintenant d’une idéologie religieuse servant un discours national inchangé, malgré son adaptation à la nouvelle donne. En ce sens, le discours national s’alimente aujourd’hui de la rhétorique du djihad international.

 


[1] Selon les termes de Christian Salmon, Story telling, La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Paris, Editions La Découverte, 2007. Le story telling, ce n’est pas seulement des histoires, c’est un format discursif.

[2] LE HUEROU Anne, MERLIN Aude, REGAMEY Amandine, SERRANO Silvia, La Tchétchénie, Une affaire intérieure ? Russes et Tchétchènes dans l’étau de la guerre, Paris, CERI Autrement, 2005, p.61.

[3] LE HUEROU Anne, MERLIN Aude, REGAMEY Amandine, SERRANO Silvia, op.cit.

[4] Nom russe signifiant « couleur fauve » donné à un peuple turcophone semi-nomade vivant aux XIe et XIIe siècles  dans les régions de l’actuelle Ukraine et Russie : les Coumans, turcs kiptchak.

[5] LONGUET MARX Frédérique (sous la dir. de), Tchétchénie, La guerre jusqu’au dernier ?, Paris, Mille et une nuits, 2003, p. 117.

[6] AVIOUTSKII Viatcheslav, BRUNOT Patrick, Que-sais-je ? La Tchétchénie, Paris, Presses Universitaires de France, 1998, p.62.

[7] AVIOUTSKII Viatcheslav, Géopolitique du Caucase, Paris, Armand Colin, 2005, p.58.

[8] Comité Tchétchénie, Tchétchénie, Dix clés pour comprendre, Paris, La Découverte, 2003, p.33.

[9] LONGUET MARX Frédérique (sous la dir. de), op.cit., p.116.

[10] AVIOUTSKII Viatcheslav, op.cit., p.59.

[11] LE HUEROU Anne, MERLIN Aude, REGAMEY Amandine, SERRANO Silvia, op.cit., p.61.

[12] Comité Tchétchénie, Tchétchénie, Dix clés pour comprendre, Paris, La Découverte, 2003, p.34.

[13] Ibidem, p. 12.

[14] AVIOUTSKII Viatcheslav, BRUNOT Patrick, op.cit., p. 9.

[15] AVIOUTSKII Viatcheslav, op.cit., p.60.

[16] LONGUET MARX Frédérique (sous la dir. de), op.cit., p. 119.

[17] Comité Tchétchénie, Tchétchénie, Dix clés pour comprendre, Paris, La Découverte, 2003, p.34.

[18] LE HUEROU Anne, MERLIN Aude, REGAMEY Amandine, SERRANO Silvia, op.cit., p.62.

[19] AVIOUTSKII Viatcheslav, op.cit., p.58.

[20] Comité Tchétchénie, op.cit., p.34.

[21] Comité Tchétchénie, op.cit., p.34.

Le Caucase du nord : Zone d’instabilité durable et menace pour la sécurité internationale ? 20/09/2010

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Par Mathieu Richard

Lors de son discours à la nation devant le parlement du 12 novembre dernier[1], le président russe Dimitri Medvedev qualifiait la situation dans la région du nord Caucase comme étant le problème de politique intérieure le plus important à l’heure actuelle. Cette déclaration confirme l’état de tension important qui prédomine en ce moment dans le secteur.

Le Caucase du nord, géographiquement parlant, est la région située à l’extrême sud-ouest de la fédération de Russie, longeant la chaîne montagneuse du Caucase. Celle ci constitue la séparation naturelle entre Caucase septentrional et Caucase méridional (Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan). Au sein de la fédération, le Caucase du nord est un district fédéral, crée le 19 janvier 2010 par la division du district fédéral du sud, s’ajoutant ainsi aux 7 autres préexistant. Il est lui même composé de 7 sujets fédéraux : la république du Daguestan, la république d’Ingouchie, la république de Kabardino-Balkarie, la république de Karatchaïévo-Tcherkessie, la république d’Ossétie du Nord, le Kraï de Stavropol et enfin la république de Tchétchénie. C’est également le district le plus petit de la fédération, avec 170 700 km carré (soit 1% du territoire russe).

Suite à ces éléments  purement descriptifs, il est important de rappeler la nature historiquement complexe et tendue des liens unissant cette partie du territoire au pouvoir central de Moscou. En effet, dès le XIXème siècle et la conquête du Caucase par les armées tsariste, cette zone géographique fut l’objet de profondes transformations sur le plan démographique, culturel et ethnique. Dans l’optique d’une « russification » de ces territoires fraichement conquis, de nombreux peuples furent exilés de leurs terres natales vers l’empire ottoman voisin et remplacés soit par des populations slaves, soit par d’autres ethnies, considérées comme loyal au pouvoir russe. On assiste donc à une recomposition géographique des ethnies. Plus tard, suite à la seconde guerre mondiale, certains peuples du Caucase du nord, principalement les Tchétchènes, furent considérés par Staline comme étant des traîtres suite à leurs présumée collaboration avec les Allemands. Ils furent « punis » en étant déportés vers le Kazakhstan jusqu’en 1957, date de leur retour. Parallèlement à ce bouleversement démographique et ethnique, on peut également observer une politique soviétique de modification culturelle, et ce pour la quasi totalité des peuples présents au Nord Caucase. Sans rappeler tous les détails de cette politique, on peut simplement retenir une logique de « hiérarchisation » des ethnies, basé sur la langue. L’idéologie soviétique distinguait alors les langues orales, considérée comme les moins élevées ; les langues disposant d’une écriture et enfin celles disposant d’une écriture dite littéraire. A chaque statut correspondait des prérogatives plus ou moins importante, en terme de représentation et d’autonomie au sein de l’union soviétique. Cette hiérarchisation va donc susciter des différences de traitements et donc provoquer un sentiment généralisé d’injustice ce qui a terme mettra en opposition différentes ethnies. C’est un vecteur évident de tensions.

Au vu de la pérennité apparente d’une situation plutôt chaotique dans la région, il apparaît intéressant de s’interroger sur plusieurs points actuels concernant la problématique nord caucasienne. Tout d’abord quelle est réellement la situation actuelle dans le secteur, en 2010, suite à l’arrêt des « opérations de contre terrorisme » débutées il y a plus de 10 ans ? Comment celle ci est elle perçu par les dirigeants russes en terme de sécurité et de stabilité interne au sein de la fédération ? Quels sont les moyens mis en œuvre pour tenter de trouver une solution ? Enfin, dans une démarche d’élargissement de la perspective étudiée, est il envisageable de penser que la situation du Caucase septentrional puisse influer sur des questions de sécurité internationale ?

Afin de pouvoir répondre à ces interrogations il sera nécessaire de revenir dans un premier temps sur la situation actuelle instable à laquelle font face les républiques constituant le nord Caucase. Dans une seconde phase d’analyse, il sera important d’aborder les questions de sécurité internationale en relation directe ou indirecte avec la situation caucasienne.

I- Le Caucase septentrional, une région actuellement fortement instable.

Selon les statistiques officielles, l’ensemble de la région connaît depuis plusieurs mois une recrudescence des actions violentes contre les forces fédérales mais aussi contre des civils et des personnalités politiques. Cet état de fait démontre que le contrôle prétendument acquis par le pouvoir central dans la région n’est pas aussi efficace qu’il n’y paraît. Ainsi, on estime que le nombre de délit à caractère terroriste sur l’année 2009 était de 654 ce qui correspond à une augmentation de 2% par rapport à l’année précédente.[2]

On peut observer plusieurs types de violences que l’on pourra présenter en plusieurs catégories : Selon Elena Mizrokhi, auxiliaire de recherche pour la chaire du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme,  quatre catégories peuvent être dégagées et analysées[3]. La première catégorie rassemblerait l’ensemble des attaques de guérilla et terroristes perpétrées par les insurgés. Ces attaques, qui visent principalement mais pas uniquement, les forces armées fédérales sont quasi quotidiennes que cela soit en Ingouchie, en Kabardino-Balkarie, au Daguestan ou bien encore en Tchétchénie. Ainsi à titre d’exemple, on peut citer la découverte en novembre 2009 de deux corps décapités, probablement d’officiers de police, dans la région de Tchegem, en Kabardino-Balkarie.[4]Au Daguestan, le 6 janvier dernier, une bombe tue au moins 5 policiers.[5]On peut aussi noter un retour aux techniques d’attentats suicides, comme le démontre celui commis le 17 aout 2009 dans la ville de Nazran, en Ingouchie. Si ces attaques visent principalement les forces de sécurité déployées dans la région, il faut rappeler qu’elles ne sont pas les uniques cibles des violences. Ainsi, des groupes islamistes peuvent s’en prendre à des individus considérés comme hors de la loi islamiste. Ce fut le cas d’une voyante et de sept prostitués. La seconde catégorie d’actes regroupe les violences de répression. Elles sont le fait des forces fédérales et visent le plus souvent les familles des individus soupçonnés de faire partie de groupes d’insurgés. Kidnapping, exécutions extra judiciaire, tortures restent des techniques habituelles. La troisième catégorie est constituée de violences d’intimidation, principalement envers les opposants au pouvoir en place, notamment des journalistes mais aussi envers les représentants d’Organisation Non Gouvernementale (ONG). On peut citer à ce titre Anna Politkovskaya ou Stanislas Markelov, tout deux journalistes travaillant sur le Caucase Nord et plus récemment Natalya Estemirova, représentante de l’ONG Mémorial, enlevée puis retrouvée assassinée près de la capitale d’Ingouchie. Elle dénonçait les actes commis par les milices pro Kadyrov en Tchétchénie. Enfin, la quatrième et dernière catégorie pouvant être observée est celle qui concerne les assassinats d’hommes politiques régionaux et de personnalités haut placées. Ce fut le cas pour la tentative d’assassinat sur la personne du président de la république d’Ingouchie Yunus-Bek Yevkurov le 22 juin 2009, l’assassinat du ministre de l’intérieur daghestanais Adilgerei Magomedtagirov, tué le 5 juin 2009, Musost Khutiev, l’assistant du vice président de la république de Tchétchénie le 7 juin, Aza Gazgireyeva, présidente de la Cour Suprême de l’Ingouchie, le 11 juin Les causes de ces exécutions, si elles sont le plus souvent le fait de groupes d’insurgés, peuvent également provenir de rivalités entre personnalité influentes afin de s’assurer le contrôle sur différents types d’activités mafieuses. D’autres proviennent du respect d’une norme bien établie dans le Caucase du nord, la vendetta. Cet état de violence permanent affecte nécessairement le respect des droits de l’homme comme le démontre les condamnations multiples de la Russie par la CEDH qui continue préférer payer des amendes plutôt que d’appliquer les décisions de la cour. La situation ne semble donc pas appelée à évoluer en la matière, a court terme tout du moins.

Après avoir présenté un « panorama » des types de violences présentes sur le territoire nord caucasien, il apparaît comme pertinent de revenir brièvement sur les spécificités régionales du Nord Caucase qui peuvent expliquer la situation actuelle.  Tout d’abord une multiethnicité très prononcée puisque l’on dénombre plus de 40 ethnies peuplant le territoire des 7 républiques citées en début d’article. Chacune sont dotés de cultures et de confessions religieuses propres parmi lesquelles ont peut citer l’Islam sunnite et chiite, la Chrétienté orthodoxe et monophysite, le judaïsme et le Bouddhisme…ainsi qu’un nombre important de langues.[6] C’est de ce fait la seule région ou se trouve concentré tant de particularismes dans un espace géographique limité de la sorte. L’absence de dialogues entre confessions et entres les différentes cultures  couplé à un fort mécontentement social amènent forcément  des tensions. Il faut de plus rajouter à cela une corruption locale élevée, un clientélisme notoire ainsi qu’un manque global de culture démocratique. Tout ceci favorise nettement l’émergence d’une instabilité se traduisant par une violence accrue. On peut alors parler des nombreux conflits de nature ethniques qui se sont déclenchés comme celui opposant les Ingouches aux Ossètes. L’autre point important à aborder est la forte augmentation du radicalisme musulman. Comme l’écrit Pavel K Baev, on assiste lors de la transition des années 90 à un effritement du lien entre état et religion, ce qui va engendrer l’émergence de nombreuses mosquée financés par l’Arabie Saoudite et la Turquie. Ceci dit, le phénomène inverse se produira dès la fin de la décennie avec une marginalisation des mouvements islamiques, qui, contraint à la clandestinité se constituent en Jamaat, sorte de réseaux d’aide social religieux qui remplacent les institutions de la république fédérale, incapables d’assurer leurs fonctions principales en raison de la corruption. Ces Jamaat officient alors comme « relais de la protestation sociale » et prônent le retour à un Islam pur, souvent associé à la lutte contre les russes depuis le XIXème siècle. Il faut de plus ajouter l’effet amplificateur de la victoire des rebelles tchétchènes menés par Aslan Maskhadov, soutenus par des combattants arabes lors de la première guerre dans cette interprétation politisée de l’Islam.[7]

Face à ces caractéristiques bien particulières qui font du district fédéral du Caucase nord une région très instable politiquement et socialement comptant déjà plusieurs conflits à caractères ethno indépendantiste, quelle est la perception de la situation  de la part du pouvoir fédéral? Est t elle considérée comme instable et dangereuse pour la stabilité du pays ? Quelle réaction adopter vis à vis de cet embrasement renouvelé ?

Les autorités russes se déclarent être très préoccupée par la situation du Caucase en la qualifiant de problème numéro un de politique intérieure (cf. supra). Le 10 janvier 2010 était crée le district fédéral du Caucase Nord avec la nomination d’un représentant plénipotentiaire du président, Alexandre Khloponine, anciennement gouverneur de la région de Krasnoïarsk (Sibérie)[8]. Cette annonce de réorganisation administrative reflète t elle la volonté de Moscou d’affirmer la présence du pouvoir fédéral dans cette région en nommant un représentant spécial, chargé de régler les problématiques qui s y posent ? Ou bien serais ce au contraire le signe d’un début d’ « autonomisation » et peut être d’abandon de la région, par l’attribution des prérogatives inhérentes au statut de district fédéral ?

Il est certain que la politique menée par Moscou dans le secteur depuis plus de dix ans laisse à penser que sa volonté est de maintenir et renforcer la présence des autorités fédérales. Tout d’abord au plan politique et institutionnel avec la modification de la législation existante qui permet au président de nommer directement les dirigeants des régions et républiques autonomes, alors que ceux ci étaient auparavant élus. Cette nouvelle prérogative ouvre le champ à des choix largement dictés par la « fidélité » des individus au régime, et ce afin de garantir un contrôle plus ou moins effectif sur les républiques nord caucasiennes. On peut citer la nomination de Ramzan Kadyrov à la tête de la république de Tchétchénie, en 2007. Cependant, cette stratégie ne semble pas produire les effets attendus puisqu’il y a eu une certaine forme de légitimisation de la violence, avec l’action des milices au service de Kadyrov. Au niveau économique et financier, Moscou met en place un système de subventions qui lui permettait d’acheter une relative paix au sein des républiques autonomes[9]. C’est notamment le cas avec la Tchétchénie. Cependant cette aide financière varie en fonction du prix des hydrocarbures, ressources maitresse de l’état russe. Hors, suite à la crise économique récemment traversée, les recettes liées au pétrole semblent être moins importante, ce qui diminue l’aide accordée et accroit d’autant plus les risques de délitement des institutions locales. Enfin au niveau militaire, de nombreuses troupes fédérales sont déployées dans ou aux abords proches de la région du nord Caucase. La majorité est d’ailleurs composée d’hommes du FSB, le service de sécurité intérieure russe. Ainsi ont été crées des groupes de gestion opérationnels qui sont chargés d’organiser et de mener les opérations dans chacune des républiques. Ces groupes ont la possibilité, en cas d’accident majeur, de prendre le contrôle de toutes les ressources militaires présentes afin d’éliminer le plus rapidement possible la menace.[10]Le renforcement de ces mesures fait suite à la multiplication récente (depuis 2002) des attaques à caractère terroriste commises sur le territoire russe mais aussi et surtout au sein de la capitale. Ainsi il faut noter les prises d’otages du théâtre de la Doubrovka en 2002 et de l’école de Beslan en 2004, les attaques dans le métro moscovite de l’hiver et été 2004…etc. Il faut bien comprendre que ce regain de violence terroriste contre des civils russes fournit au gouvernement la justification des actions justement appelées « opérations de contre terrorisme » dans le Caucase du nord. C’est pour lutter contre le terrorisme Islamiste et son expansion au delà des frontières du Caucase que Moscou entend pacifier ce secteur et ce, même si répression aveugle et amalgames religieux doivent être utilisés. Il faut aussi souligner que la mise en avant de tels motifs tend à apporter le soutien d’autres puissances, principalement des USA, qui vont de ce fait être beaucoup moins virulent dans la critique de l’action russe.

Malgré cette politique démonstrative de force, qui, il est vrai se trouve être justifiée par des motifs de maintien de l’ordre public et de réaction face aux attaques terroristes touchant Moscou,  il est peut être judicieux d’interpréter la création d’un district fédéral regroupant les républiques du nord Caucase comme étant les prémices d’une volonté de délaisser peu à peu la problématique nord Caucasienne. En effet, le fait de donner les prérogatives dévolues à un district fédéral va conduire à plus d’autonomie et peut être à un retrait progressif de la présence fédérale du fait de l’impossibilité de retrouver une situation saine. Pourrait il y avoir une possibilité pour que le Caucase Nord acquiesce un statut réellement indépendant ? La rhétorique utilisée par V. Poutine ainsi que par son successeur selon laquelle la Russie se réserve le droit d’intervenir pour protéger les citoyens russes présent dans les états voisins ne serait elle pas dépassée au Caucase nord ? Si l’on en croit les statistiques, la présence russophone serait en baisse. Par exemple, les russes ne représenteraient en Ingouchie que 1,2% de la population totale, 3,7% en Tchétchénie et enfin 4,7% au Daguestan.[11] Ces chiffres sont en permanente diminution. Par ailleurs il est aisément observable qu’il y a au sein de l’opinion publique de plus en plus d’avis négatif en ce qui concerne le Caucase du nord. Une part de plus en plus importante de la population est résolument hostile aux Caucasiens. Quels intérêts motivent alors la politique fédérale, malgré tous ces paramètres défavorables ?

Le réel intérêt de la Russie dans la région est de nature économique : les approvisionnement énergétiques provenant de la mer caspienne transitent par le biais d’oléoducs traversant pour la plupart le territoire Tchétchène. Cela conditionne donc par la suite la capacité russe de fournir ou non du pétrole à ses partenaires commerciaux. On peut dès lors se poser la question de savoir si le maintien de la présence russe à des fins majoritairement commerciales est viable à court terme, étant donné les difficultés immenses que rencontre le gouvernement pour stabiliser la région.

II- Le Caucase du nord : Une menace potentielle pour la sécurité internationale ?

Il s’agira ici d’adopter une démarche sensiblement différente dans la mesure où l’objectif sera de dresser des scénarios plausibles quand à l’implication de la situation nord caucasienne dans des questions de sécurité internationale. C’est en d’autres termes une démarche prospectiviste qui nous intéressera. L’étude abordera tout d’abord les questions de sécurité énergétique puis s’intéressera ensuite aux questions concernant la sécurité des pays occidentaux contre le terrorisme international.

Le Caucase, qu’il soit septentrional ou méridional constitue un carrefour énergétique important, en premier lieu pour la Russie mais aussi pour les pays situés plus à l’ouest. En effet, toute les ressources énergétiques gazières et pétrolières se trouvant en périphérie de la mer Caspienne transitent par la région du Caucase pour rejoindre la Russie dans un premier temps puis ensuite atteindre l’Europe. L’une des seules voies d’accès passe d’ailleurs par la république de Tchétchénie ce qui n’est pas sans poser des problèmes au vu de la situation.

Dans le cas, hypothétique bien entendu, ou la Russie perdrait le contrôle des voies de transit en Tchétchénie et que ces dernières tombent aux mains de R. Kadyrov, qui en déciderai une toute autre utilisation, est une situation qui peut inquiéter l’Union Européenne quand à la pérennité de son approvisionnement énergétique. Bien entendu, on sait d’ores et déjà que des solutions alternatives sont depuis quelques années étudiées. Celles ci viseraient à contourner la nécessité de passer par la Russie comme fournisseur principal, en développant des projets d’oléoducs et de gazoducs reliant directement les ressources présentes en mer Caspienne au « continent » européen. C’est notamment du projet BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan) qui permettrait ce contournement. Ce serait donc un moyen pour l’UE de sécuriser le flux énergétique dont elle a besoin. Néanmoins, malgré ces projets, le partenariat avec la Russie reste une source non négligeable en terme de volume de transit. De ce fait, l’option qui viserait à écarter totalement la Russie des fournisseurs de l’UE pour des raisons de fiabilité liées aux situations instables qu’elle connaît sur son territoire et avec ses voisins (Ukraine, Biélorussie) n’est pas concevable. En effet, il faut être conscient du fait que la Russie est le premier fournisseur énergétique de l’UE avec 40% des importations gazières et 20% des importations pétrolières.[12] Ceci amène donc à penser que pour préserver la stabilité des importations provenant de Russie, l’Union Européenne à un fort intérêt à ce que la situation au Caucase Nord retrouve un certain calme. Elle doit donc s’associer à la Russie afin de trouver des solutions durables.

A part les question de sécurité énergétique, on peut également craindre une répercussion importante de la situation Caucasienne sur la lutte contre le terrorisme international et qui concerne donc directement la sécurité internationale. On l’a dit, le Caucase du Nord est majoritairement dominé par la religion musulmane et connaît depuis quelques années un retour à des visions plutôt radicales du dogme. Lors de la première guerre de Tchétchénie, les revendications étaient non seulement territoriales et indépendantistes mais elles étaient aussi doublées d’un discours islamiste radical, qui prônait la mise en place du Jihad contre les « envahisseurs » russes. Il est d’ailleurs établi qu’un certain nombre (environ 300) de combattants Arabes sont venus soutenir les insurgés. Il faut aussi rappeler le recours de plus en plus fréquent aux actions terroristes comme les attentats suicides qui ont lieu sur le territoire de la fédération de Russie. Dès lors il est nécessaire de faire un lien avec le terrorisme international et notamment des relations entretenus avec Al-Qaeda. Selon plusieurs sources, entre les mois d’avril et juin 1994, une centaine de combattants Tchétchène est envoyé dans des camps d’entrainement terroristes en Afghanistan et au Pakistan ou ils apprennent plusieurs techniques de sabotage. Il semblerait aussi que des entrainements de ce type aient été conduit avec l’aide du Soudan et de l’Iran. Des Tchétchènes auraient été tués dans des bombardements sur les zones tribales à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan.[13] On note donc la participation de plusieurs états reconnus comme étant les principaux fournisseurs du terrorisme international dans la problématique du Caucase nord et plus particulièrement dans le soutien aux séparatistes Tchétchènes. On peut donc légitimement se demander si cette tendance observée dans les années 90 pourrait se reproduire actuellement au Caucase du nord et provoquer la création d’un « petit Afghanistan » dans la région. Cela pourrait être envisageable au vu des nombreuses caractéristiques communes existant entre les deux zones géographiques. En effet, on observe des territoires peuplés par plusieurs ethnies souvent en rivalité, des institutions étatiques en incapacité de remplir leur rôles respectifs, la confrontation aux russes, actuelle pour le Caucase du nord et historique en Afghanistan….etc. Y a t il alors un risque pour qu’un nouveau foyer de terrorisme international voit le jour au Caucase du nord et de ce fait puisse menacer plus concrètement les pays occidentaux (USA et Europe) ? Ce n’est qu’une hypothèse mais elle est sans doute à retenir.

Pour conclure, on peut sans hésiter parler d’une zone d’instabilité durable, du moins a court terme, lorsque l’on évoque la situation des républiques formant le Caucase du nord. Elle l’est de par la violence qui y est quotidienne, qu’elle soit dirigée contre les forces russes ou contre les civils. Elle l’est aussi car elle contribue à la formation de violences directement perpétrées à Moscou comme le prouvent les tout récents attentats frappant le métro de la capitale, le lundi 29 mars 2010, faisant au moins 38 morts et une soixantaine de blessés.[14]Malgré l’annonce faite par le gouvernement selon laquelle les auteurs de ces attentats seront punis, il apparaît évident que les autorités fédérales se trouvent dépassées par cette explosion de violence et n’arrivent plus à maintenir le calme dans le nord Caucase. Quelle sera la réaction russe après ce nouveau drame humain ? Assistera t on à un durcissement encore plus important de la politique fédérale ? Ou bien au contraire observerons nous une collaboration plus poussée avec les pays occidentaux, qui doivent eux aussi s’impliquer plus sérieusement dans le suivi de la situation caucasienne, sous peine de prendre des risques pour la sécurité mondiale ?

Bibliographie :

  • Sites web :

§  http://fr.rian.ru/ => Agence de presse Russe.

§  http://www.france24.com/fr/20090818-caucase-nord-ingouchie-daguestan-tchetchenie-violence-afghanisation-moscou-russie-corruption => article de presse

§  http://www.cairn.info/revue-outre-terre-2003-3-page-64.htm => article de revue

§  http://www.regard-est.com/home/pays.php?pays=6 => revue traitant de la zone CEI et Russie.

§  http://www.colisee.org/article.php?id_article=1885 => article de presse.

§  http://www.diploweb.com/La-Russie-et-le-Caucase-un.html => Article de presse.

§  http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=RAI&ID_NUMPUBLIE=RAI_002&ID_ARTICLE=RAI_002_0153&FRM=N => article de revue.

§  http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=270&PHPSESSID=cd20025a6a0d25f9e438938c10b39b72 => article de presse.

  • Rapports PDF :

§  ACTUALITÉS DE LA RUSSIE ET DE LA CEI n°17 – juin 2009: La Russie peut-elle apaiser le Caucase Nord? – Thomas KORBEL.

§  Revue de la presse russe (vendredi 13 novembre) Ambassade de France à Moscou – Service de Presse 2009).

§  Contre-terrorisme et islamisation du Caucase du nord – Pavel K. Baev. IFRI

§  Diversité culturelle du Caucase du Nord- rapport de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. 7 avril 2006.

§  Recrudescence des violences au Caucase du Nord- Elena Mizrokhi- Mise au point.


[1] Revue de la presse russe (vendredi 13 novembre 2009) Ambassade de France à Moscou – Service de presse: http://www.ambafranceru.org/france_russie/…/091113_Tendance_de_la_presse_russe.pdf

[2] http://fr.rian.ru/onlinenews/20100211/186036936.html: Caucase du nord : le nombre des attentats en hausse en 2009.

[3] Recrudescence des violences au Caucase du Nord; Elena Mizrokhi; Mise au point.

http://www.psi.ulaval.ca/…/Mise_au_point/Mise_au_point_-Recrudescence_des_violences_au_Caucase_01.pdf

[4] http://fr.rian.ru/russia/20091124/185553067.html, article de presse, Deux corps décapités retrouvés en Kabardino-Balkarie.

[5] http://fr.rian.ru/russia/20100106/185781626.html, article de presse, attentat à la bombe au Daguestan.

[6] Diversité culturelle du Caucase du Nord, rapport de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. assembly.coe.int/Main.asp?link=/Documents/WorkingDocs/Doc07/…pdf

[7] Contre-terrorisme et islamisation du Caucase du nord, Pavel K. Baev

[8] http://fr.rian.ru/russia/20100119/185877352.html: « L’ex-gouverneur Khloponine, représentant de Medvedev au Caucase du Nord

[9] http://www.france24.com/fr/20090818-caucase-nord-ingouchie-daguestan-tchetchenie-violence-afghanisation-moscou-russie-corruption

[10] Contre terrorisme et islamisation du Caucase du nord, Pavel K Baev, p 81

[11] “La Russie peut-elle apaiser le Caucase du Nord?”, Thomas Korbel, actualité de la Russie et CEI, juin 2009

[12] http://www.senat.fr/rap/r06-307/r06-30714.html Union européenne – Russie: quelles relations?

[13] http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=270&PHPSESSID=cd20025a6a0d25f9e438938c10b39b72: L’islam post-soviétique sous influence étrangère ?

[14] http://fr.rian.ru/russia/20100329/186342929.html: Les attentats dans le métro de Moscou ont fait 36 morts (Parquet)

C’est reparti! 20/09/2010

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Accaparés par les révisions pour les examens et préoccupés que nous étions par nos recherches de stage, nous n’avons pu, à notre grand dam, alimenter notre blog de nouveaux articles.

Mais cette époque est révolue !! Amis internautes, nous revoilà ! Nous vous proposons désormais une nouvelle sous-rubrique « Stages » comportant les intitulés et lieux de nos stages respectifs ainsi qu’un résumé de leur contenu afin de constituer un annuaire des anciens élèves.

Dispersés dans les capitales européennes – Paris, Bruxelles, Vienne , Riga– ou de par le monde – Turquie, Botswana, RDC, Oman – nous vous faisons partager notre expérience et mettons en ligne des articles sur nos thématiques ou nos problématiques régionales.

Bonne lecture!

Les M2 API

Le Darfour: une crise Soudanaise (1) 02/02/2010

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Par Antoine Brasset

Depuis mars 2009 et l’émission par la Cour Pénale Internationale d’un mandant d’arrêt à l’encontre d’Omar El-Bechir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, le Soudan est encore d’avantage au ban de la communauté internationale. Pourtant, c’est un pays qui connait une croissance économique excellente (6,6% entre 1997 et 2008). Frontalier de 9 pays, il est le plus grand d’Afrique mais ne compte qu’à peine plus de 40 millions d’habitants (soit une densité de 16,5 hab/km²).  Il possède la cinquième réserve prouvée de pétrole du continent Africain, exploitée par la Chine, l’Inde et la Malaisie. La vente de pétrole représente environ 80% des revenus d’exportation, il s’agit donc d’une économie de rente basée sur la seule exportation de matière première. Il reste pourtant un pays très pauvre au développement inégal: le PIB par habitant est de 2300 dollars,  l’espérance de vie  est de 60 ans environ,  l’IDH est l’un des plus mauvais du monde (0,526, Classé 147e), et le taux d’alphabétisation relativement faible (29% chez les hommes, 48% chez les femmes). Environ 70% des soudanais sont musulmans, le reste est principalement animiste et chrétien. Pour comprendre la crise du Darfour, il convient d’effectuer en premiers lieux un bref résumé de l’histoire du Soudan.

Situation politique soudanaise

Le pays est colonisé au début du XIXe (1821) par les Égyptiens, désireux de remonter les sources du Nil, créant ainsi le Soudan égyptien et qui fonderont Khartoum au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu. A l’ouest, néanmoins, le Sultanat du Darfour, dans le djebel Marra (un massif montagneux peu élevé), habité par une ethnie noire (les Fours), conserve son indépendance jusqu’en 1916. Le pays sera régi par un condominium anglo-égyptien à partir de 1899, l’Egypte étant sous occupation anglaise depuis 1882 (ces derniers cherchant à protéger leurs intérêts dans la zone du canal de suez, le protectorat étant proclamé en 1914). Il connaitra un soulèvement de la part de la population africaine en 1883 (mouvement du Mahdi). Ce soulèvement contre la population égyptienne et les élites du Nil va configurer en grande partie l’histoire du Soudan. Deux grands partis politiques vont alors se former: l’un soutenu par les Egyptiens, l’autre par les Britanniques s’opposant au nationalisme égyptien, délaissant tous les deux totalement le Sud. En 1924 le condominium n’existe plus suite à l’indépendance de Égypte. Les Britanniques souhaitent alors se protéger du nationalisme égyptien. L’indépendance est proclamée en 1956. S’ensuit alors une lutte pour le pouvoir politique entre les affidés au nationalisme égyptiens et ceux qui sont soutenus par les anglais. Ces luttes se font entre partis arabes-musulmans, les habitants du Sud étant totalement mis à l’écart de la compétition politique. Ces troubles politiques vont favoriser alors l’intervention de l’armée dès 1958, avec la prise de pouvoir par le général Aboud.

La constitution soudanaise fait expressément mention de la charia, ostracisant ainsi un tiers de la population chrétienne et animiste, principalement au Sud  (ajouté à une situation économique et sociale alarmante).

Quelques coups d’Etat se succédèrent au fils des années (notamment celui de Gaafar Nimeyri) jusqu’au coup d’Etat Islamiste de 1989, qui porte le Front National Islamique d’Hassan al-Tourabi au pouvoir.

De la crise du Sud-Soudan à celle du Darfour

Il est en guerre depuis 1955, à la veille de l’indépendance. Cela remonte à plusieurs décennies. Le sud a fait l’objet d’une « Southern Policy » de la part du colon anglais, afin de « protéger » les noirs et l‘Islam. Après la « réunification » le problème d’identité et le développement inégal a amené des tensions. Principalement animistes (des chrétiens aussi), ils se soulèveront contre la politique d’islamisation de la part des autorités de Khartoum (dont l’imposition de la charia) et contre une situation socio-économique désastreuse, ainsi que l’abandon politique. La première guerre du Sud s’étend de 1955 à 1972. En 1972 ils obtiennent une fragile autonomie (système semi-fédéral) qui va alors être sérieusement remis en cause, à cause de l’abandon économique. La découverte de champs de pétrole par la société Chevron entraine un renouveau de l’intérêt du Nord pour le  Sud. Le général Nimeyri invalide l’accord d’autonomie et annonce le retour de l’autorité fédérale, de la charia, instaure une politique d’islamisation forcée… C’est en réaction à tout cela que se forme la SPLA (Sudan Peoples Liberation Army) dirigée par John Garang, ancien colonel de l’armée soudanaise. Ce conflit provoquera la mort de plus d’un million de personnes et environ 3 millions de déplacés. Contrairement à la première guerre, John Garang et le SPLA ne demanderont pas l’indépendance, mais simplement une véritable reconnaissance du Sud.

A partir de 1985 Nimeyri perd le pouvoir et al Mahdi, un musulman progressiste, le remplace. Il adoptera le statu quo par rapport à la charia avec des aménagements au gré des pouvoirs locaux, ce qui ne met pas fin à la guerre du Sud. La situation explosive amène un nouveau coup d’Etat en juin 1989. Le général El Bechir prend le pouvoir. Ce dernier semble suivre totalement la politique soufflée par son mentor Hassan el Tourabi et débute une réislamisation du Soudan. Il relance la guerre du Sud avec plus de véhémence encore et en utilisant des milices (dont les fameux janjawids venus du Darfour et des murahelins, jouant sur les rivalités ethniques supposées entre certaines tribus arabes et dinka) dans des massacres de populations civiles. Les rentes pétrolières servent à armer ces milices pro-gouvernementales et les chinois devenus premiers clients des Soudanais arment eux aussi le régime.

Cela continue ainsi jusqu’à un accord de paix de 2002, la donne politique ayant changé : le développement de l’exploitation pétrolière et les attentats du 11 septembre 2001 amènent Washington à faire du Soudan un allié dans la lutte contre le terrorisme. Ils avaient pourtant été suspectés auparavant d’avoir accueilli Ben Laden qui aurait formé des camps d’entrainement djihadistes, et d’avoir tenté d’islamiser des pays voisins. Mais ce rapprochement amène des négociations de paix. Celles-ci vont alors entrainer le pays d’une crise à une autre:  en effet au Darfour (ouest du pays) certaines élites craignaient qu’un accord entre le gouvernement et le SPLA ne leur laisse aucun espace dans la nouvelle donne politique. Le monde a les yeux rivés sur la résolution de la crise au Sud-Soudan dont les accords seront signés en 2004 et Khartoum comprend que cela est le plus important pour le Conseil de Sécurité, ce qui lui laisse les mains libres pour mater la rébellion du Darfour dans le sang, faisant du conflit de ce conflit le « point aveugle des négociations Nord-Sud au Soudan » (Roland Marchal).

Les prémices du conflit

 

Le Darfour (littéralement « terre des Fours ») est un territoire grand comme la France peuplé d’environ 6 millions d’habitants dont la majorité est africaine: nous entendrons ici Africain comme non-arabe, la différenciation tenant en fait plus une question d’identification à la population arabe de la part de tribus qualifiées d’arabophones (le fait que la question de l’identité soit difficile à expliquer ne la rend pas moins inopérante puisqu’elle va rendre compte des perceptions des acteurs du conflit). Cette majorité est constituée d’ethnies différentes dont nous retiendrons les trois principales : Fours, Massalits et Zaghawas.

Une autre division entre les populations intervient au Darfour: il y a des sédentaires pratiquant la culture des terres, et des tribus nomades principalement arabes. Mais là encore cette division n’est pas absolue : les Zaghawas sont pour la plupart des nomades.

Bien que les populations de la région soient musulmanes, elles sont d’ethnies, de langues et de cultures diverses. Les gens du Darfour ont deux façons de se définir ethniquement : par leur langue et par leur profession. Ainsi, à l’origine, les autochtones non-arabes (Zourga) ou les populations africaines ne parlent pas arabe chez elles et sont arrivées au Soudan il y a plusieurs siècles en provenance de la région du Lac Tchad. Ceux qui se revendiquent d’ascendance arabe, en revanche, sont arabophones. Mais ces descriptions méritent d’être nuancées. C’est surtout au cours des dernières années que les populations visées par les massacres ont commencé à se définir comme africains, et ont perçu les attaques du gouvernement comme ayant un fondement ethnique. Cela recoupe la problématique de l’ethnie en Afrique, et nous montre bien que cette différenciation relève d’une « ethnicisation » des rapports politiques. En effet ce conflit trouve en partie ses origines dans les revendications politiques qui seront appréhendées en caractères ethnique : les africains noirs étant marginalisés par les arabes affidés au pouvoir central. Mais comme nous l’avons montré précédemment la réalité est bien plus complexe : il n’existe aucun clivage absolu, contrairement à l’amalgame qui était fait avec les clivages du Sud-Soudan dans le discours international.

Mais il y a d’autres problématiques au Darfour, et notamment la question climatique. On peut découper le Darfour en 3 zones : le Nord, le Sahara, le centre, avec les monts du Djebel Marra (qui est une sorte de ceinture fertile), et le Sud qui connait des précipitations très irrégulières. Il est relativement difficile de vivre au Darfour, sauf dans les monts du djebel marra. Les nomades descendent traditionnellement vers les zones cultivables, moins arides afin de trouver des zones où faire paître leur bétail et trouver de l’eau lors des périodes sèches. Dans les Années 80, le sahel a été en proie à une grande sécheresse et il y eut des conflits entre éleveurs et cultivateurs (passages sur les terres, problème lié au droit coutumier arabe, de vol de bétail afin de reconstituer les cheptels…). Le banditisme et les armes automatiques ont fait leur apparition dans ces années, avec les incursions tchadiennes de  Hissène Habré, alors président du Tchad voisin, qui tentait de poursuivre l’opposition de Goukouni Weddeï réfugiée au Darfour, notamment auprès des tribus Zaghawas. Habré armera alors tous ceux qui pourront s’opposer aux Zaghawas (c’est le premier conflit du Darfour, de 1987 à 1989).

On peut aussi revenir sur les évènements politiques: les politiciens de Khartoum, malgré le statu quo imposé, sont accusés par les tribus africaines de favoriser les arabes. Dans le même temps les arabes se constituent en alliance politique dans le Darfour car ils ne se considèrent pas assez représentés au sein des institutions, dominées par les Fours.

Des milices seront formées par le gouvernement, et ce dès le début des années 1990, comme les jandjawid ou encore les Murahelin, et aideront le gouvernement à mater une rébellion dans le Darfour en 1991 avant d’être utilisés dans le Sud. Entre 1996 et 1998, ce sont les Massalits qui se soulèveront contre certaines tribus arabes pour des questions liées à la terre.

A l’aube de l’an 2000, le Darfour n’était pas à feu et à sang mais les indicateurs étaient au rouge. Tous les éléments étaient réunis pour que cela explose,  et la présence trop faible de l’Etat a contribué à l’escalade.

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Plaidoyer pour une amnésie collective en Europe 15/01/2010

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En cette fin de semaine, le blog des M2 API inaugure une nouvelle section, « invités« , dans laquelle s’exprimeront professeurs, chercheurs, anciens élèves du M2,… sur des sujets qui leur sont chers. Le premier article est signé Klaus-Gerd Giesen, professeur de science politique à l’Université d’Auvergne : M. Giesen s’interroge sur la dette des pays occidentaux, et notamment européens, une dette exacerbée par la crise économique et financière, et qui selon lui ne pourrait se résorber que si la Banque centrale européenne laissait de côté pendant un temps son objectif zélé de lutte contre l’inflation. Bonne lecture !

Plaidoyer pour une amnésie collective en Europe

Par Klaus-Gerd Giesen
Professeur de science politique à l’Université d’Auvergne

Depuis Marx, Schumpeter et Kondratieff nous savons que les contradictions internes du capitalisme produisent inévitablement des crises cycliques. Celles-ci surviennent actuellement tous les 7-10 ans dans le centre et dans la semi-périphérie du système mondial. Si les facteurs de déclenchement peuvent être très variés (éclatement de diverses bulles spéculatives, chute des prix immobiliers, etc.), une crise se termine généralement par un déficit public et, partant, une dette plus élevée des Etats concernés, puisque ceux-ci accusent une nette diminution des entrées fiscales du fait du ralentissement de l’activité économique, ainsi qu’une augmentation des dépenses sociales (allocations chômage, etc.). A cela s’ajoute le coût des plans de relance pour stimuler la restructuration du tissu économique. Il s’ensuit l’existence de véritables rebonds dans les statistiques de la dette souveraine dans les 1-3 ans suivant le début d’une crise économique, des hausses que les années de croissance ne résorbent par la suite généralement pas complètement (sauf dans quelques cas spécifiques tel que celui du Canada).

Dans la situation actuelle l’endettement prend des proportions gigantesques, en raison de la chute économique la plus brutale depuis 1945 et du coût élevé des sauvetages, voire des nationalisations, par les Etats, de nombreuses banques en début de crise, interventions sans lesquelles elle aurait pu conduire à une implosion systémique. La dette mondiale des Etats atteint à présent (fin 2009) 49500 milliards de dollars, ce qui représente une augmentation de 45% depuis 2007. 80% de cette hausse incombe aux seuls pays du G7. Selon l’OCDE, la dette de ses 30 pays membres grimperait en moyenne à 100% de leur richesse produite en 2010, soit un quasi-doublement en vingt ans.[1] Dans l’Union européenne le Pacte de stabilité a littéralement explosé, et la dette souveraine va augmenter de plus de 20% entre 2008 et 2011 pour atteindre en moyenne environ 85% du PIB.[2] La dette française atteindra même 91% du PIB en 2013, soit 31% de plus que le seuil fixé par les fameux critères de Maastricht[3], et il existe les cas autrement plus dramatiques de ceux que certains Anglo-Saxons désignent dorénavant par le sigle PIGS (Portugal, Ireland, Greece, Spain). Les Etats-Unis et le Japon ne sont guère mieux lotis, ce dernier pays frisant bientôt un endettement à hauteur de 200% de son PIB.

L’Internationale des rentiers

La dette souveraine mondiale a donc changé d’échelle. Quelles en seront les conséquences à moyen terme ? La charge de la dette représente déjà le principal ou le deuxième poste budgétaire des Etats, devant les dépenses pour l’éducation ou la défense. En 2010 l’Etat français dépensera ainsi 42,5 milliards d’Euro uniquement au titre de la dette, soit 15% de son budget.[4] S’agit-il d’argent tout simplement gaspillé ? La réponse dépend du point de vue que l’on adopte : il s’agit de dépenses tout à fait improductives dans la perspective de l’intérêt général, mais n’oublions pas que le service annuel de la dette souveraine va dans les poches de ceux qui peuvent se permettre de souscrire aux bons du trésor. Autrement dit : plus la dette d’un Etat augmente, plus le contribuable finance en dernier ressort la rémunération du capital, placé en bons du trésor, des particuliers aisés et des fonds d’obligation. Ceux-ci peuvent être essentiellement des nationaux (par exemple environ la moitié de la dette française est souscrite par des personnes résidants en France) ou des acteurs étrangers (la Chine détient une bonne partie de la dette américaine).

Or, non seulement le volume de la dette souveraine mondiale change d’échelle en ce moment, mais l’inévitable remontée prochaine des taux d’intérêt historiquement bas fera exploser encore davantage la rémunération de la dette. L’Internationale des rentiers exulte à la perspective d’absorption d’énormes masses de capitaux par l’émission soutenue d’obligations d’Etat, et, surtout, de leur rémunération, année après année, par le contribuable : en France par exemple, le produit annuel de l’impôt sur le revenu correspond dorénavant approximativement à la charge annuelle de la dette ! Un nouveau chapitre s’ouvre ainsi dans les rapports entre capital productif et rente, et, plus généralement, entre capital et travail, celui-ci finançant encore davantage celui-là.

Bientôt les gouvernements des pays nantis vont tenter de diminuer quelque peu la charge de la dette nationale, d’une part parce que leur autonomie d’action s’érode avec chaque dépense budgétaire supplémentaire consacrée à la rémunération de la dette, et d’autre part parce que le marché obligataire international l’exige. C’est qu’à la différence de celui qui place son argent à la bourse le rentier n’aime pas le risque. Craignant qu’un ratio dette/PIB trop élevé puisse à terme conduire à l’incapacité de l’Etat à servir ou à rembourser la dette – comme ce fut jadis le cas du Mexique et de l’Argentine – le rentier exige une prime de risque des pays qui s’éloignent trop de la moyenne. L’oligopole des agences de notation, formé par Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch, sert à quantifier et à évaluer ce risque.

Quel désendettement ?

Dans les prochaines années on verra donc s’accomplir un effort de désendettement progressif. Différents scénarios s’offrent dès lors aux décideurs politiques. Si l’on écarte par hypothèse la possibilité pour un Etat militairement fort de se débarrasser de sa dette par une guerre victorieuse en exigeant du vaincu des paiements de réparations, il reste néanmoins une panoplie assez large de mesures. Après tout, on a vu par le passé se résorber des dettes autrement plus lourdes, notamment celles – jusqu’à 300% du PIB pour le Royaume-Uni – contractées pendant la Seconde Guerre mondiale pour financer précisément l’effort de guerre. Mais la croissance économique et l’inflation des Trente Glorieuses le permettaient. A l’heure actuelle nous frisons plutôt la déflation et affrontons une reprise économique qui s’annonce molle.

En tout premier lieu, on peut envisager une augmentation des recettes de l’Etat par l’augmentation de la taxation ou l’invention de nouveaux impôts, telle que la taxe carbone ou la « taxe Google » en France, servant à rembourser une partie de la dette nationale. Toutefois, si l’on taxait encore davantage le travail, la consommation et l’énergie on laminerait rapidement une croissance encore très fragile en raison des effets très négatifs sur la demande. Seule une imposition nettement plus importante du capital improductif, c’est-à-dire des rentes, ainsi que des mouvements de capitaux, pourrait avoir un effet positif. Mais les gouvernements hésiteront à s’aliéner électoralement leurs rentiers nationaux …

Une deuxième stratégie consiste à vendre le patrimoine de l’Etat, notamment en privatisant des entreprises publiques. Ici le problème réside dans le fait qu’après vingt ans de néolibéralisme appliqué dans le monde occidental il ne reste plus grand-chose à privatiser, et qu’il est loin d’être prouvé que la privatisation des dernières entreprises publiques se traduirait par une augmentation du bien-être et de la productivité économiques nationales.

Troisièmement, on peut réduire les dépenses de l’Etat. Beaucoup de politiciens seront tentés par une réduction drastique notamment des budgets sociaux et de la défense. En France, la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite pourrait être révisée… à la baisse. Gardons toutefois à l’esprit les proportions: la mesure actuelle ne fait économiser que 500 millions d’euros par an et provoque en outre des dommages collatéraux sévères à moyen terme dans certains secteurs, tels que l’éducation, la santé ou la sécurité.[5] Sabrer davantage dans les dépenses publiques, surtout dans celles liées à l’Etat-providence, reviendrait à couper la branche sur laquelle nous sommes tous assis, car le choc de la crise actuelle a pu être mieux amorti dans les pays d’Europe continentale où l’Etat reste le « protecteur en dernier ressort » et très présent aussi dans l’économie (52% du PIB en France, 43% en Allemagne) que dans les pays anglo-saxons dépourvus de mécanismes de protection sociale équivalents. Un démantèlement supplémentaire de l’Etat-providence, sous prétexte qu’il contribuerait à juguler la dette nationale, reviendrait donc à laisser les citoyens encore plus démunis face à la prochaine crise cyclique qui se déclenchera inévitablement dans 7-10 ans. Cependant, le gouvernement grec de M. Papandréou vient de donner le ton en annonçant un régime « douloureux » pour la population.[6]

La zone euro payera-t-elle la facture de la dette occidentale ?

Il reste une dernière solution pour résorber une partie de la dette en termes réels : l’inflation – à condition toutefois que, pendant un certain temps du moins, les taux d’intérêts pratiqués par la banque centrale n’augmentent pas en même temps que le taux d’inflation. A priori, c’est la solution la plus favorable au pôle travail face au pôle capital, car l’inflation n’affecte généralement pas trop les salaires réels, surtout s’ils sont plus ou moins indexés sur l’inflation, mais ronge en revanche considérablement la rente. Ici s’ouvre un véritable fossé transatlantique et trans-Manche: tandis que les gouvernements européens ont jadis commis à Maastricht l’immense erreur monétariste d’inscrire dans les statuts mêmes de la Banque centrale européenne l’objectif principal de la stabilité des prix (article 2), la réserve fédérale américaine jouit d’une plus grande marge de manœuvre. M. Ben Bernanke – et peut-être aussi son collègue britannique M. Mervyn King – est de toute évidence tenté de laisser filer un peu l’inflation. Selon une récente étude de Joshua Aizenman et Nancy Marion, un taux d’inflation de 6% sur quatre ans provoquerait en termes réels une baisse d’environ 20% du rapport dette/PIB (qui s’établit bientôt à environ 100%).[7] Comme, du moins en principe, M. Jean-Claude Trichet ne peut pas suivre le même modèle – et M. Bernanke le sait – une telle posture aurait en outre l’avantage pour les Etats-Unis de peser sur le taux de change entre l’euro et le dollar, ce dernier se dépréciant encore davantage. De ce fait, la politique américaine de désendettement partiel par une plus grande tolérance à l’inflation ressemblerait curieusement  beaucoup au protectionnisme commercial d’origine monétaire (beggar-my-neighbour-policy) dont les USA accusent eux-mêmes la Chine (par référence à l’indexation du yuan sur le dollar). Et, le cas échéant, la Chine serait aussi très contente, car si le dollar baisse vis-à-vis de l’euro, tout en restant parfaitement stable vis-à-vis du yuan, elle exportera, elle aussi, plus vers la zone euro.

Tous les gouvernements occidentaux vont adopter un policy-mix, c’est-à-dire un mélange des quatre stratégies évoquées. Toutefois, il variera beaucoup d’un Etat à l’autre, en fonction des rapports de forces internes en présence et des idéologies à l’œuvre. Il est probable que l’Etat américain (et peut-être le Royaume-Uni et le Japon) acceptera une hausse de l’inflation supérieure à celle en vigueur dans l’Euroland. C’est la variable clé, car le facteur inflation va lourdement peser sur les taux de change et, partant, sur les relations commerciales. En acceptant un peu d’inflation – par l’augmentation comparativement très modérée des taux directeurs dès que la reprise se confirme – les Etats-Unis non seulement réduiraient leur dette en termes réels (et donc aussi leur dépendance à l’égard de la Chine qui détient une partie de la dette américaine), mais exporteraient en outre, par le biais d’un taux de change plus bas du dollar, une partie de leur chômage vers la zone euro. Le déficit commercial européen avec la Chine se creuserait également.

L’Euroland étant prisonnier des statuts de la BCE définis il y a presque vingt ans, il risque de payer la facture de la probable stratégie américaine de désendettement partiel par une augmentation de l’inflation en maintenant les taux directeurs à un niveau comparativement très bas. De surcroît, le policy-mix des divers Etats de la zone euro aura tendance à concentrer les efforts de désendettement sur la réduction des dépenses de l’Etat, alors qu’en même temps l’importation d’une partie du chômage américain nécessitera au contraire une augmentation des dépenses sociales, sans compter le fait qu’une hausse rapide des taux directeurs de la BCE risque de briser une partie de la croissance future. Une telle constellation peut conduire à de graves tensions sociales, voire à la résurgence de mouvements populistes. Il persiste un seul espoir : qu’un consensus se forme rapidement parmi les élites politiques, économiques et intellectuelles de la zone euro pour que l’on fasse un effort collectif d’ « oublier », ne serait-ce qu’un temps, l’article 2 des statuts de la BCE et son exigence monétariste de la stabilité des prix. Un tel espoir fondé sur l’amnésie collective n’est pas entièrement vain : après tout, on a bel et bien officieusement mis entre parenthèses une autre figure de proue du Traité de Maastricht, à savoir le Pacte de stabilité…

© Copyright 2009 by Klaus-Gerd Giesen



[1]
L’Expansion, 7 décembre 2009.

[2] Le Monde, 1er décembre 2009.

[3] Le Monde, 26 novembre 2009.

[4] Maud SEROR, « La dette publique est-elle maîtrisable ? », Alternatives économiques, 10 décembre 2009.

[5] Ibid.

[6] Le Monde, 16 décembre 2009.

[7] Cf. Joshua AIZENMAN, Nancy MARION, Using Inflation to Erode the U.S. Public Debt, Cambridge (Mass.) : National Bureau of Economic Research, Working Paper No. 15562, December 2009.

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To find peace in war: toward the « garrison state » ? 14/01/2010

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By Axel Lebrun

In 1941, Harold Dwight Lasswell, a leading American political scientist and communication theorist, wrote an article in The American Journal of Sociology, titled “The Garrison State”. In 14 pages, Lasswell hypothesized that in the future, a world of garrison states would prevail: the “specialists of violence” would have the power. In such a state, propaganda becomes natural: according to Lasswell’s “hypodermic syringe” model (of propaganda), people stay in agreement with the ideas the “ruling élites [sic]” are promoting, which constitute what we could define as the greater good. The country will live in peace, and if a war, may it be civil of global, begins, then it will be only for gaining peace back: the country will find “peace in war”. If Lasswell did not wish the existence of such a state, and thought it was not inevitable, he believed that this was a probability for the future. The garrison state was a potential evolution that rulers would apply so that peace would become the norm.

First, it is important to emphasize on the definition of the garrison state: the power is in the hands of the specialists of power. They will acquire skills of civilian management, and shall rule autocratically, while equalizing incomes (therefore keeping the people happy). Cultivation of duty, propagandized youth, compulsory labor service for unskilled workers and opponents, meritocratic recruiting for officers, struggle against nonmilitary consumerism since “the ruling class will feel itself endangered by the growing ‘frivolousness’ of the community”: all these characteristics are relevant in a garrison state.

Is there any garrison state in the world today? Not really. But there is a crawling “garrisonization”: in order to find peace, many states are using some of the characteristics aforementioned. By instance, the USA under Bush administration was seeking peace by installing the feeling of fear in people’s minds. If you demonize a foreign leader or another country, or people, or religion, then you can have peace in your country since the attention of the people is focused on that “nemesis”. Under Bush administration government did not govern: it controlled. The same process is taking place in Israel. Nevertheless, the closest match to a garrison state today is without a doubt North Korea.

For Lasswell, it is realistic, a bit sad though, to think that to have a stabilized peace, violence is necessary. Because without violence, freedom can reach its breaking point: anarchy begins. In a way, Lasswell is just pushing Max Weber logic to its paroxysm: the garrison state has the monopoly of legitimate violence, and its existence is clearly related to that characteristic, the state being even legitimated because it is violent. Hopefully one could find another kind of balance to live in peace. But nowadays, it seems more and more plausible that propaganda and violence, and then garrison states, could become a reality as a reaction to the numerous challenges faced by the human race. May some democratic values be preserved? Strangely enough, Lasswell thought that human dignity would. Why ? Without human dignity, you can’t control. And without control, you can’t have peace.

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Bonne année ! 08/01/2010

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Les M2 API sont heureux de vous présenter leurs meilleurs voeux pour cette année 2010 ! Par ailleurs, nous vous annonçons pour les prochaines semaines de nombreuses mises à jour, avec notamment la participation de certains professeurs. Si notre blog tarde un peu à trouver ses marques, la volonté elle ne manque pas. De l’Iran au Brésil, en passant par l’Inde, la Chine, l’Europe ou les Etats-Unis, l’actualité internationale fut riche en 2009 et devrait l’être encore plus en 2010 : notre équipe est là pour donner ses analyses et essayer de définir quelles seront les orientations majeures dans le monde dans les prochaines années, voire décennies. Bref, restez connectés, et n’oubliez pas de nous suivre aussi bien sur Twitter que sur Facebook !

Les risques du catastrophisme climatique (1) 10/12/2009

Posted by Team API in Analyses & Débats.
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A l’occasion du sommet de l’ONU sur le changement climatique qui se déroule en ce moment même au Danemark, nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle catégorie, « Analyses & Débats ». Il s’agit d’une arène sur laquelle les intervenants du blog présenteront des analyses, des opinions, afin d’ouvrir des débats, tant par les commentaires que par la possibilité de répondre par article à l’auteur. N’oubliez pas que chaque intervenant ne fait qu’exprimer son opinion personnelle, et qu’il n’écrit donc pas pour l’ensemble de l’équipe du blog.

Les risques du catastrophisme climatique (1)

Par Axel Lebrun

Le sommet de l’ONU sur le changement climatique s’est ouvert lundi 7 décembre à Copenhague. Le débat est important, les objectifs ambitieux : trouver un accord mondial concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre, un accord juridiquement contraignant, visant des « résultats tangibles concernant l’adaptation, la technologie et le financement », selon la ministre danoise Connie Hedegaard. Alors que les scientifiques sont de plus en plus alarmistes, les populations de plus en plus averties, les États participant au sommet doivent limiter l’augmentation des températures au 21ème siècle à 2 degrés Celsius. Oui mais… Serait-il possible qu’on en fasse un peu trop ? Si la question du réchauffement climatique se pose effectivement, le catastrophisme sur le sujet est quelque peu déplacé.

Par exemple, un film projeté pour lancer la conférence, met assez mal à l’aise. Une jeune fille joue dehors, quand soudain la pluie commence à tomber. Rentrée chez elle, elle regarde la télévision, sur laquelle passent en boucle des informations sur les dangers du réchauffement climatique. Puis son père l’emmène se coucher. Elle s’endort, et se retrouve dans un film catastrophe onirique, où d’abord elle perd son ours en peluche dans un tremblement de terre, puis assiste  médusée à la destruction causée par une tornade gigantesque, avant de s’accrocher à un arbre pour résister au tsunami puis au cyclone qui ravagent tout sur leur passage. Elle se réveille effrayée. Finalement, afin d’exorciser ses peurs, elle se filme disant ces simples mots : « Please help the world !» (« Aidez le monde  s’il vous plait !»). Jouer ainsi sur la peur du cataclysme ne semble pas sain. Les populations sont « amorphes et manipulées » par les médias jouant le rôle d’une seringue hypodermique.  Tout cela afin de soutenir massivement l’effort international, pourtant loin d’être suffisant ni même approprié.

Si l’on s’accorde effectivement sur la réalité du réchauffement climatique, céder à la panique et adopter des mesures très onéreuses pour un résultat insuffisant semble être le principal danger pour les générations à venir. Le sujet est polémique, il ne s’agit pas de verser dans le scepticisme violent ou le dénigrement complet, non, mais il semble qu’à trop se focaliser sur les politiques de réduction d’émission de gaz à effet de serre, on en oublie que des mesures d’un autre ordre, au coût infiniment moindre, pourraient permettre :

  • De nous rapprocher d’un monde sans émission de CO2 grâce à un financement massif sur la recherche et le développement dans le domaine de l’énergie verte
  • De lutter contre le réchauffement climatique et ses effets en prenant des mesures rationnelles qui répondent directement aux problèmes, et en organisant par avance les flux de migrations qui risquent d’être engendrés
  • De répondre de façon adéquate aux tragédies du présent, sida, faim, malnutrition, accès à l’eau potable,…

En effet, le passage à d’autres formes d’énergie que les hydrocarbures est inévitable, alors pourquoi gaspiller tant de ressources à en réduire l’utilisation ? Cela semble cynique, mais peut-être pourrait-on en profiter tant qu’il y en a, tout en focalisant l’attention de la communauté internationale sur les points mentionnés plus haut. De toute façon, selon une étude récente, même si l’homme n’émettait plus de CO2, la concentration « de gaz dans l’atmosphère ne commencerait à baisser qu’après plusieurs siècles, » et le réchauffement ne pourrait être stoppé complètement (Lund, 12.2009).

Bref, plutôt que de céder aux sirènes du catastrophisme, qui risquent de nous mettre sur la mauvaise voie pour les cinquante prochaines années, prenons le temps de penser à des solutions alternatives, sans doute bien plus efficaces au final. La réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est pas la solution, il faut que Copenhague remette cela en question, ou alors on peut craindre qu’une fois encore, nous aurons échoué à répondre aux challenges environnementaux.

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The Future of Irregular Warfare in the Nuclear Age 11/11/2009

Posted by Team API in Prospective, The english corner.
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By Axel Lebrun

In December 2004, Mustapha Setmariam Nasar, alias Abu Musab al-Suri, uploaded a 1600-page manifesto on the internet, The Call for Worldwide Islamic Resistance. Al-Suri explained in it how al-Qaeda was “not an organization [but] a call, a reference, a methodology”, an idea behind a “leaderless resistance” wearing down the enemy, preparing the ground for a war which would be global and nuclear. Of course the theories of a well-known terrorist arrested in 2005 may seem a bit megalomaniac to say the least. But considering Iraq and Afghanistan cases it is certainly not a wrong approach to think about the evolution of what is today the major issue for global security: irregular warfare in the form of terrorism, especially Islamic. In this essay we’ll try to see what could be the evolution of the Islamic terrorism in the coming decades and how nuclear technology could fit into terrorists “plans”.

Fouad Hussein, a Jordanian journalist, published in 2005 al-Qaeda – 2nd Generation, a book about the past, present and future of Islamic terrorism (featuring interviews of important al-Qaeda thinkers, notably al-Maqdisi and especially al-Zarqawi). The blueprint of a step-by-step plan was elaborated:

  • “Awakening” was played between 2000 and 2003, and was a “provoke and bait” strategy to lead the USA into “self-defeating tactics”.
  • “Opening Eyes” took place between 2003 and 2006: “divide and rule”, the idea was to broaden the anti-Americanism feeling into an anti-Shia movement (religious tensions). Electronic jihad would play a major propaganda role (“cyberterrorism” would rise).
  • “Rising and Standing Up” (till 2010) would see Islamic “insurgents” challenging the weakening Arab powers (Syria, Jordan, etc).
  • By 2010, “hated Arab governments” would have collapsed, and terrorism would target global economy (burning oil, using gold instead of dollars,etc). The USA would retreat into isolationism, weakening at the same time Israel defense.
  • The next step would be the declaration of an Islamic state.
  • “Total Confrontation” would be the ultimate stage: nuclear, chemical and biological weapons would be used in the regular war against the “kafir” (the infidels), bringing the total domination of a global caliphate by 2020.

This Armageddon scenario can be criticized but it shows the will of a progressive evolution from an irregular, non-solid form to a regular (or “advanced regular”) shape able to challenge “non-believers” force de frappe. The final chapter being the nuclear apogee of a 30 years struggle. In the mind of Islamic terrorists, the future of irregular warfare in the nuclear age is clear: evolution (terrorism to insurgency), transformation and/or revolution (insurgency to regular army) and supremacy. And as nightmarish as this probability may sound, one should remember that some terrorists already tried to purchase, or already used biochemical/radioactive agents to make WMD attacks (cf. Abu Khabab al-Masri, al-Qaeda’s WMD chief, or the sect Aum Shinrikyo which released sarin gas in Tokyo’s subway).

Even if Islamic terrorism is defeated (and it may take some time!), irregular warfare will not end with it. As Franck G. Hoffman explained, irregular warfare may be “a natural reaction to globalization and America’s overwhelming military superiority”. New irregular warfare, should it be the “2nd Generation” blueprint from al-Qaeda, the “4th generation warfare” theorized by Thomas Hammes, or even the “advanced/complex irregular warfare” suggested by F.G. Hoffman, yes, new irregular warfare will challenge the world and, already, new military/political strategies should be (are ?) clearly oriented toward the counter-(new)insurgency. The question is: with most of the theories and strategies easily found on the internet, aren’t the “irregulars” getting ready for their next “big move”? A “move” this time made using the enemy’s knowledge and, maybe, weapons.

Sources:

Deception, A. Levy and C. Scott-Clark, 2007
War, Peace and International Relations, C.S. Gray, 2007
“Complex Irregular Warfare”, F.G. Hoffman, 2006
“The Economics of Nuclear Terrorism”, J.G. Lewis, 2006
“Challenges in Fighting a Global Insurgency”, D.W.Barno, 2006

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